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5 questions à Mohamed Harbi

Mohamed Harbi est historien. Militant dès son plus jeune âge pour la libération de l'Algérie et ancien dirigeant du FLN, il a joué un rôle important dans les premières années de l'indépendance. Entretien réalisé à l'occasion du 12e Salon international de l’édition et du livre qui s’est tenu en février à Casablanca.



Sézame : Que représente la tenue d'un salon du livre au Maroc dédié à l'ensemble du Maghreb ?
Mohamed Harbi : C'est dans la tradition de tous les salons du livre de n'être pas exclusivement nationaux. Mais je pense que c'est très bien qu'il y ait des formes de relations et d'expressions qui portent sur l'ensemble du Maghreb. C'est une bonne initiative.

Le thème de cette 12e édition est : Le Maghreb, cinquante ans après". Qu'est devenue l'idée du Maghreb uni depuis 1956 ?
Je pense que l'idée maghrébine n'a pas été pensée d'une manière concrète. Quand le principe territorial s'est substitué au désir de solidarité contre la colonisation, les vrais problèmes sont apparus dans des cadres non démocratiques. Les vrais problèmes ne sont discutés ni par l'opinion marocaine, ni par l'opinion algérienne. Par conséquent, le conflit a une tournure qui n'est pas bonne pour les deux pays. En 1956, il n'y avait pas de conflit entre Algériens et Marocains. Les Algériens étaient accueillis au Maroc comme des hôtes et ils y ont même établi une base arrière qui leur permettait de continuer la guerre, à partir des pays voisins.

La culture et la circulation des idées peuvent-elles permettre de renouer les liens entre Maghrébins ?
Je pense que ce qui est très important aujourd'hui, c'est de sortir de l'enfermement et de cesser d'aborder les problèmes d'une manière polémique, sous l'angle de l'invective et de l'insulte. À partir de là, la circulation des idées devient une chose possible et fondamentale. Que préconisez-vous aujourd'hui pour avancer sur ce terrain de l'unité du Maghreb ? Déjà, relancer l'idée est une chose très importante. Quant au reste, pour nous citoyens qui ne sommes pas réellement informés de ce qui se passe à ce sujet, il est difficile d'avancer des choses concrètes. C'est pour cette raison que j'insiste sur la question démocratique. Il faudrait que les problèmes entre l'Algérie et le Maroc soient posés démocratiquement dans les deux pays. C'est-à-dire que l'objet du conflit, à savoir le Sahara occidental, soit discuté ouvertement par toute l'opinion au Maroc, ainsi qu'en Algérie. C'est à ce moment qu'on saura où sont les gens de principe et où sont ceux qui ont des intérêts camouflés.

Lors de la table ronde : "Les droits de l'homme : le droit à la mémoire", vous avez plutôt mis l'accent sur "le devoir de vérité", pourquoi ? Je pense que la mémoire est une source de l'histoire, ce n'est pas l'histoire. Et que s'il n'y a pas un véritable travail de vérité autour de l'histoire, on peut aboutir à des mémoires antagonistes. C'est ce qui se passe actuellement entre les pays du Maghreb.

Jeudi 15 Février 2007 - 05:11
Propos recueillis par Zineb Tazi
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