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Affaire de Nantes. Comment on passe d'un PV à une affaire d'État

Une mise en scène, une personnalité, des soupçons. Ce sont les ingrédients de l'affaire qui met un couple de musulmans nantais au coeur d'un fol engrenage. Analyse.



Affaire de Nantes. Comment on passe d'un PV à une affaire d'État
Une mise en scène

Tout démarre par la presque « anecdotique » contestation d'une contravention. Une femme avait écopé d'un PV pour avoir conduit voilée, ce qui, selon le policier, aurait fait obstacle à sa visibilité. Quand France 3 révèle l'histoire, le sujet se limite à cette « question laïque », dira Me Pollono. Il demande alors à la justice de dire si elle peut conduire voilée et refuse d'aller sur le terrain religieux. L'avocat reconnaît au passage avoir été mandaté par sa cliente pour la médiatiser.

En plein débat national sur l'interdiction du voile, les médias nationaux dépêchent des journalistes à Nantes. Tous veulent recueillir le témoignage de la jeune femme. Vendredi, elle répond depuis la boucherie halal de son compagnon, Lies Hebbadj. Lui en profitera pour prendre la parole, sur un ton légèrement différent : « Une discrimination pure et simple des policiers ». Radios et télés traitent abondamment le sujet.

L'affaire aurait pu rester sans lendemain sans le courrier offensif du ministre de l'Intérieur à son collègue de l'Immigration, vendredi soir. En urgence, Brice Hortefeux lui demande d'étudier les conditions d'une éventuelle déchéance de la nationalité de Lies Hebbadj. Il va jusqu'à rendre publics des soupçons de polygamie et de fraude aux aides sociales. C'est la bascule.

Comme dans tout feuilleton, à chaque jour son rebondissement. Dimanche, le très médiatique Tariq Ramadan prend la parole à Nantes. Incroyable (mais vrai) : sa présence y était programmée de longue date. À Paris, les politiques nourrissent le feu.

Lundi, Lies Hebbadj riposte avec Me Boëzec, son avocat, lors d'une conférence de presse. Contre-feu ? Dans la foulée, le procureur confie une enquête à la police judiciaire. Le conseil français du culte musulman se désole de voir « un élément marginal prendre beaucoup trop d'importance ». « Cela a pris des proportions que plus personne ne peut contrôler », regrettait Lies Hebbadj, lundi soir, dépassé.

Dernier épisode : sa boucherie a été étrangement cambriolée dans la nuit de lundi à hier. De l'argent a été volé. Me Boëzec : « On ne fait que constater. Il peut aussi bien ne pas y avoir de lien » avec l'affaire.

Une personnalité


Un brin provocateur, barbu, séducteur, militant actif pour la construction d'une mosquée... Le mode de vie de ce boucher halal qui reconnaît avoir des maîtresses nourrit les fantasmes et les rumeurs. Dans la communauté musulmane, il ne fait pas l'unanimité. Et des commentaires désobligeants fusent.

Sur internet, un blog extrêmement accusateur est alimenté par une femme qui prétend avoir été maltraitée. Cette femme s'est aussi chargée de sa réputation dans la communauté. Lies Hebbadj, lui, n'est pas du genre à baisser pavillon ou à se mettre les gens dans la poche. Il choisit les questions auxquelles il répond, parfois cassant. Lundi, il lançait, ironique : « Si on est déchu de la nationalité pour avoir des maîtresses, beaucoup de Français le seraient. »

Des soupçons

Lâchés par le ministre, ils ont ceci de particulier : ils alimentent les réactions à l'infini. Lundi soir, le préfet a demandé aux Allocations familiales de mettre ses informations à disposition de l'enquête. Faut-il comprendre qu'une possible fraude aux aides sociales a été évoquée sans ces éléments ?

Concernant la polygamie, un seul mariage civil a été retrouvé. L'avocat du mis en cause dénonce un « dossier vide », « au parfum d'intimidation » voire de « diffamation ». Réponse de Brice Hortefeux devant l'Assemblée nationale, hier : « Les faits ont été suffisamment graves et étayés pour que le parquet ait décidé l'ouverture d'une enquête. »

Le ministre glisse maintenant sur le terrain des violences. En réunion à huis clos devant des députés UMP, il a lancé que le père de la femme contestant le PV a déposé un signalement à la gendarmerie, craignant que sa fille soit « battue ». Lies Hebbadj reste au coeur du cyclone.

Thomas HENG et Clémence HOLLEVILLE.
source ouest France 28/04/2010

Mercredi 28 Avril 2010 - 12:00
infos sezame
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