Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte

Algérie, entre promesses et colère

La « charte pour la paix et la réconciliation nationale » est entrée en vigueur fin février à Alger. les personnes concernées par les dispositions adoptées ont six mois pour se présenter aux autorités. tandis que le gouvernement s’attelle à l’application des textes, les mesures d’amnistie et la latitude donnée au pouvoir sont dénoncées par des voix montantes.



Jamais initiative présidentielle n’aura suscité de réactions aussi partagées. Les textes de mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, promulgués par le président algérien Abdelaziz Bouteflika les 27 et 28 février, ont leurs défenseurs et leurs contestataires. Déjà, l’adoption de cette Charte par référendum le 29 septembre dernier, avec 98 % de votes favorables, avait provoqué du remous. Le plébiscite, mis en avant par les uns, avait été dénoncé par les autres. L’amnistie de membres de groupes armés, proposée d’un côté comme une solution à la crise, avait de l’autre scandalisé. Notamment les familles de victimes, les organisations de droits humains et des journalistes. Cette mesure, encore fustigée, s’accompagne désormais de l’interdiction de toute poursuite « à l’encontre des éléments des forces de défense et de sécurité ». Une telle Charte permettra-t-elle de tourner définitivement la page meurtrière des années 90, qui compterait 200 000 morts et 15 000G Gdisparus ? Le gouvernement et les partis de l’alliance présidentielle sont unanimes. « Je ne vois pas d’autre solution pour la paix et la réconciliation », affirme Abdelhamid Si Affif, membre du Comité exécutif du FLN. Ajoutant que « la Charte vise à éradiquer ou ne plus permettre l’émergence des causes de cette tragédie. On interdit donc à toute personne d’instrumentaliser la religion ou le malheur des citoyens à des fins politiques ou de surenchère ». L’article 46 met en effet en garde quiconque reviendrait sur le passé « par ses déclarations, écrits ou tout autre acte ». Et le processus suit son cours. Après l’installation, le 6 mars, de la Commission nationale de suivi et d’application de l’ordonnance et des trois décrets, des commissions locales prendront le relais. Leur mission durera « trois ou quatre mois, selon le nombre de personnes concernées », a indiqué le ministre de l’intérieur algérien Noureddine Yazid Zerhouni, cité par l’agence APS. Ces dernières ont un délai de six mois pour se présenter aux autorités compétentes, à compter de la publication de l’ordonnance au Journal officiel. D’après les chiffres livrés à la presse, 2 629 détenus vont rapidement être relâchés et de 8 000 à 10 000 personnes pourraient bénéficier des mesures adoptées. Une cellule de prise en charge des victimes, relevant du ministère de l’Emploi et de la Solidarité nationale, a également commencé une opération de recensement. Ni justice, ni vérité ? Aujourd’hui, des centaines d’islamistes ont été libérés, alors même que l’ancien président du Front islamique du salut (FIS), Abassi Madani, déclarait le 3 mars à la chaîne de télévision Al Jazira qu’on ne pouvait pas considérer la Charte comme une « chose positive ». Autre voix opposée à cette Charte, celle du RCD, un parti dont l’audience s’élargit, en particulier dans l’Algérois et en Kabylie. Selon Abdenour Ouyahia, secrétaire national à l’immigration, « la seule lecture de l’ordonnance est édifiante : elle ouvre la voie à l’abus et à l’arbitraire ». Parmi les dispositions décriées, il mentionne l’article 47 qui stipule que « le Président de la République peut, à tout moment, prendre toutes autres mesures requises pour la mise en œuvre de la Charte ». Même son de cloche du côté du FFS d’Hocine Aït Ahmed, pour qui, confiait-il à El Watan dès avant le référendum, « il s’agit tout simplement d’imposer une lecture de l’histoire que le régime a écrit de bout en bout ». L’opposant historique est signataire d’une pétition lancée le 23 mars, qui titre : « Contre l’autoamnistie, oui à la justice, non à l’impunité ». Alors, ni justice, ni vérité ? Selon Daho Djerbal, historien et professeur à l’université d’Alger, « le pouvoir en place a levé toute menace de poursuite en justice qui pèserait sur ses agents. En fait, on se sert de la paix sociale pour renvoyer sans autre forme de procès ceux qui auraient à rendre des comptes à la nation ». De plus, « il est évident que des dispositions judiciaires ont été prises pour empêcher toute discussion, tout débat et toute recherche sur cette question-là. Donc, d’une certaine façon, on entrave la vérité ». Le débat semble en tout cas bien amorcé, même s’il n’est pas public.

Jeudi 22 Février 2007 - 04:31
Zineb Tazi
Lu 375 fois

Editorial | Actualités | Société | Cultures | Médias | Economie | Livres | Géopolitique | Reportage | Dialoguer | Entretien du mois | Docments | Dossier