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Bouleversements au Moyen-orient

Quel futur pour le conflit israélo-palestinien ? Dans une région à l'échiquier politique bouleversé, les jeux sont bien loin d'être faits.



Rien ne va plus dans la patrie d'Abraham. Le décès de l'ancien président palestinien Yasser Arafat en novembre 2004 augurait pourtant, aux dires d'Israël, d'une ère prometteuse. Deux mois plus tard, l'élection de Mahmoud Abbas, proche du raïs, mais néanmoins personnalité emportant l'adhésion des Israéliens comme des Américains, à la tête de l'Autorité palestinienne semblait confirmer la possibilité pour la paix de connaître ses premiers pas significatifs. L'accalmie promise par le Hamas en mars 2005, et observée depuis, fut à bien des égards occultée, quoique effective. Six mois plus tard, l'achèvement du retrait unilatéral israélien de la bande de Gaza préfigurait – du moins selon les dires de beaucoup d'observateurs – d'une issue positive tant attendue pour le conflit israélo-palestinien. Il est à noter que ce n'est qu'une fois ce retrait achevé que le Premier ministre israélien Ariel Sharon (re) commencera à parler de la nécessité de s'en tenir aux dispositions de la « feuille de route », initiative promulguée par le quartet (Etats-Unis, Onu, Russie et Union européenne) aux fins de résolution d'un conflit devenu trop long et trop pesant.
L’année de tous les dangers ? Qu'en est-il en ce début 2006 ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que les incertitudes sont légion. Le 6 janvier, l'hospitalisation d'Ariel Sharon devient vite synonyme de la fin de sa carrière politique. Vingt jours plus tard, les élections législatives palestiniennes font état de la victoire écrasante du Mouvement de la résistance islamique (Hamas) qui emporte 76 sièges parlementaires sur un total de 132. Il relègue ainsi le Fatah historique, qui devraG Gse contenter de 43 sièges, à une humiliante seconde place. Les Israéliens, déjà déstabilisés par la disparition politique brutale de leur Premier ministre, ont donc des raisons supplémentaires de se sentir déboussolés.
La voie du réalisme politique Fallait-il pour autant s'étonner d'une victoire aussi conséquente du Hamas ? Vu de l'Occident, personne ne voulait admettre la possibilité d'une telle victoire. Tout comme, six mois plus tôt, personne n’avait voulu sérieusement envisager la victoire de Mahmoud Ahmadinejad, candidat ultraconservateur à la présidence de l'Etat iranien. Et pourtant, ces exemples sont loin d'être singuliers. Les Saoudiens et les Egyptiens ont récemment connu des élections municipales pour les uns, législatives pour les autres, qui ont consacré la montée en flêche de formations islamistes. Soit un clair déplacement du curseur politique de ces sociétés vers beaucoup plus de religieux. Un retour ? Plutôt un recours, pour reprendre une expression de Georges Corm. Il convient cependant de ne pas mêler les faits et de bien voir que l'islamisme est le plus souvent autre chose que le discours prôné par un Oussama ben Laden par exemple. A l'instar du communisme, du conservatisme, ou encore du socialisme, ce sont diverses couleurs qui s'imposent à ce qui, plus qu'une idéologie, est aussi une conception du pouvoir. Avec des conséquences qui peuvent parfois être heureuses, si l'on prête attention aux réformes entreprises par les « islamistes modérés » – qui sont, en fait, des musulmans convaincus – du Parti de la Justice et du Développement (AKP) en Turquie. Cela signifie-t-il que le Hamas aura une politique génératrice d'une configuration plus positive que celle que beaucoup veulent lui prédire ? Peut-être faudrait-il asseoir cette possibilité en lui donnant l'occasion d'exercer son pouvoir dans un cadre étatique concret, qui coïncide avec des frontières stables, définies… et équitables. Mais, sur ce plan, le Hamas est loin d'être le seul à avoir les clés en main.

En dépit des apparences, il est encore trop tôt pour se prononcer sur les résultats des élections législatives israéliennes anticipées prévues pour le 28 mars 2006. Le parti Kadima, créé en novembre 2005 par Ariel Sharon, a créé la surprise. Il ne semblait pas pouvoir survivre à son fondateur et pourtant Ehud Olmert, « dauphin malgré lui », a été investi à la tête du parti Kadima et il est pour l'instant favori dans la course au poste de Premier ministre en mars prochain, servi il est vrai par des adversaires peu convaincants. Benjamin Netanyahu, chef du Likoud et ministre des Finances récemment démissionnaire, a une piètre réputation que sa politique économique ultralibérale n'a pas contribué à rehausser. Amir Péretz, leader du Parti travailliste, souffre pour sa part de l'incapacité qu'il a eu jusqu'ici à mettre en perspective un programme politique fiable et concret. Dans ce contexte, le parti Kadima semble pour l'heure assuré d'une victoire mais avec les réserves qui s'imposent, spécifiquement au vu de la configuration politique israélienne. En 1996, Shimon Pérès, qui représentait le Parti travailliste, était donné gagnant par tous les sondages… avant de se voir rafler la mise par son adversaire du Likoud, Benjamin Netanyahu. Sans compter que l'évolution de la donne dans les Territoires palestiniens peut aussi peser sur l'orientation finale du vote des Israéliens. Traditionnellement, ceux-ci déterminent en effet leur choix en fonction de deux thèmes majeurs : l'économie et surtout la donne sécuritaire. Sans oublier, enfin, que le « grand » gagnant de ces élections devrait, quel qu'il soit, être obligé de procéder à une série d'alliances politiques afin de se garantir une marge d'action parlementaire assez large. Un phénomène qui, jusqu'ici, a toujours fait la part belle aux formations ultra-orthodoxes.

Jeudi 15 Février 2007 - 04:46
Mikaïl Barah
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