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D’ici et d’ailleurs Le RAP sans rupture de CoranEn France, les échecs successifs des politiques de la Ville ont fini par désespérer les quartiers populaires de banlieue et accréditer l'idée d'un communautarisme cimenté par les préceptes islamiques. Le terrain musical, précisément celui du hip hop jailli des cités dans les années 90, démontre pourtant qu'on est loin de l'émergence d'un islamocentrisme à l'américaine.
…Contrairement à leurs coreligionnaires américains, les musulmans de l'Hexagone ne disposent pas de leaders charismatiques fortement médiatisés comme Louis Farrakhan ni de figures héroïques rattachées à un passé récent comme Malcom X. Aux Etats-Unis, la référence musulmane s'est infiltrée dans l'espace rap par le biais de groupes ou d'individualités comme Eric B & Rakim, A Tribe Called Quest ou The Poor Righteous Teachers, tous trois se réclamant des violents Five Percenters, des dissidents de la Nation of Islam. Rien de semblable en France. La communauté noire, qui compte beaucoup de musulmans, insiste parfois sur le concept d'afrocentrisme, additionné d'attitude islamique pour certains (R. Kelly ou Rhoff). L’islam s’invite dans le rap Pas vraiment de démarche équivalente chez les Franco-Maghrébins. Ou de manière encore confidentielle comme dans le cas de H2SRAP, dont le chanteur Thoma, d'origine irakienne, égrène des titres comme Islam et paix ou Al jihad. Le rappeur de Sarcelles, d'origine tunisienne, Faouzi Tarkhani évoque aussi ses croyances dans certaines de ses chansons, mais c'est dans la vie quotidienne qu'il applique à la lettre l'enseignement coranique. Il croit fermement aux bienfaits moraux de l'islam, une religion compatible, selon lui, avec les valeurs républicaines. « Pour les jeunes des cités, il s'agit là d'un vrai point de repère. La notion de République reste abstraite pour eux alors que, finalement, on défend le même type de valeurs », estime-t-il. Le rap, véhicule d’un islam apaisé Citoyen du quartier Belsunce à Marseille, Malek Sultan, dit Freeman, membre du groupe IAM, condamne sans détour ceux qui se réclament de l’islam pour perpétrer des violences. « Je ne suis pas musulman pratiquant mais je suis unG Gmusulman, explique Freeman. Pour moi, l'islam est la religion la plus humble, la plus respectueuse et la plus tolérante qui soit. Alors, les égorgeurs de femmes et d'enfants se réclamant de l'islam, je n'y crois pas. Cela va à l'encontre des principes et des règles de conduite musulmans. » Pour l'heure, les rappeurs de France déplorent surtout la mauvaise image qu'a l'opinion de leur religion en espérant une reconnaissance totale sur l'air de « on ne veut pas être tolérés mais acceptés ». Et tous s'accordent sur ce point : le rap hisse l'âme !
En France, l'islam est présent depuis longtemps dans les textes de rappeurs d'origine musulmane comme Freeman ou K.Rhyme le Roi, d'IAM, Ali, de Lunatic, le groupe Ness & Cité (qui a publié plusieurs albums, dont Ghetto moudjahidin), ou Djamel, de Réalité anonyme. Les convertis ne sont pas en reste. Kery James a fait paraître un projet musical, Savoir et vivre ensemble (2004), où les chants traditionnels musulmans alternent avec des raps pieux mais urbains soutenus par des copains (Kool Shen, Diam's, Passi...). Le dernier album d'Abd al Malik, Le face-à-face des cœurs (2004) est empreint du soufisme dont ce Strasbourgeois se nourrit au Maroc. « Il est plus difficile de se faire entendre dans le milieu du rap quand on parle d’amour, de fraternité, de construire quelque chose, que quand on parle de la haine », explique-t-il. Son prochain opus, Gibraltar, sera dans les bacs le 24 avril 2006. Jeudi 15 Février 2007 - 04:36
Rabah Mezouane
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