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Des caricatures qui allimentent les clivages

La durée de vie des menaces alarmantes en provenance du monde musulman semble de plus en plus courte.



L'affaire dite des “caricatures de Mahomet” a mobilisé quinze jours durant les intellectuels, les unes des médias, les éditorialistes, les mouvements associatifs ou politiques et les représentations diplomatiques du monde entier. On a invoqué les principes universels, multiplié les déclarations péremptoires, prononcé des sentences définitives, menacé, porté plainte, jeté l'anathème sur cet Autre, devenu tour à tour l'agresseur et l'agressé, au nord comme au sud de notre planète. Surtout, on a agité sans répugnance le mythe du choc des civilisations, oubliant qu'il est avant tout un choc des ignorances. Et cherché à convaincre les peuples qu'ils avaient des ennemis irréductibles, blasphémateurs invétérés pour les uns, ou menaçant une non moins sacro-sainte liberté d'expression pour les autres. La tempête passée, que reste-t-il de cet immense embrasement passionnel ? Pas grand-chose. Les musulmans ont entendu la énième leçon sur la barbarie de leur religion et son incapacité à se dissoudre dans la démocratie. Ceux qui avaient besoin de ranimer leur peur de l'islam ont largement trouvé leur bonheur dans les discours des uns comme des autres. Et pu se nourrir en abondance de ces images de foules rachitiques, mises en valeur par des cadrages aussi généreux que militants, s'excitant sans modération sur les drapeaux flambant neuf que des professionnels de la radicalité leur avaient fournis pour créer l'événement racoleur que des journalistes pressés commenteraient avec emphase. Le spectateur averti aura pu trouver sur tel site aux moyens modestes, ou au hasard d'une tribune de journal refusant de jouer les va-t-en-guerre, les points de vue de ceux qui persistent à prêcher dans le désert que les humains ont vocation à vivre en paix et que ce qui les réunit dépasse des millions de fois ce qui peut les diviser ou les opposer. Quid des frustrations récurrentes des populations arabo-musulmanes, de la démocratisation des régimes en place, de l'amélioration des conditions de vie ? Et du déficit chronique d'intégration de ces mêmes populations pourtant enracinées dans les sociétés occidentales ? Et du débat d'idées, fruit autant que contributeur de la reconnaissance mutuelle et fondement de la démocratie ? Une fois de plus les médias ont, pour la plupart, raté l'événement en atteignant leur cible. L'islam des ultras fait vendre, du papier, des espaces publicitaires, des idées nauséabondes. Sézame, à travers son site et son magazine, a fait un autre pari. Celui de la réflexion, de la rencontre, du dialogue, du partage. Pour donner à connaître et à comprendre la richesse et la diversité des émotions, des manières d'être, de penser et d'agir de l'humanité.

Jeudi 15 Février 2007 - 03:54
Hakim El ghissassi
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