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Des moines et l’islamThibirine. Dix ans déjà ! Le 27 mars 1996, sept moines de l’abbaye de Tibhirine, en Algérie, étaient enlevés, en pleine nuit, par des hommes du GIA, le Groupe islamique armé. Le 23 mai, les terroristes annonçaient qu’ils les avaient égorgés.
Quelques jours après, on retrouvait leurs têtes. Leurs corps sauvagement décapités n’ont toujours pas été retrouvés. Cette nouvelle déclencha une émotion considérable, en Algérie, en France, leur pays d’origine, et dans le monde entier. Qui étaient ces martyrs modernes ? Pourquoi ces hommes de paix ont-il été assassinés ? Comment expliquer que leur témoignage continue de bouleverser les esprits, dix ans après leur disparition ? Un livre tente, pour la première fois, de répondre à ces questions, avec rigueur : Passion pour l’Algérie, édité par Nouvelle Cité. Son auteur, John Kiser, est un journaliste américain. Pendant quatre ans, il a mené une enquête minutieuse en Algérie et auprès de tous les protagonistes du drame. Ses portraits, sobres et sensibles, des sept religieux, aident à reconstituer et à comprendre surtout, le parcours spirituel de ces hommes et le sens de leur mort. Ce livre captivant, comme un thriller, s’intéresse aussi à la sociologie du terrorisme islamiste. John Kiser évoque le courage des imams qui ont résisté aux oukases et aux chantages. Il montre le contraste entre les factions terroristes, qui utilisent l’islam comme une arme et la population de Tibhirine qui le pratique avec sens de l’hospitalité et de tolérance. Les moines incarnaient cette fraternité entre musulmans et chrétiens. Parce qu’elle dérangeait, ils furent assassinés. Passion pour l’Algérie raconte une sublime histoire d’amitié interreligieuse et interculturelle. Une histoire riche en enseignements pour nos sociétés qui cherchent à retrouver les rails du dialogue et de la confiance en l’autre.
Reconstruction Mar Moussa. Depuis 1982, un jésuite italien, Paolo Dall’ Oglio reconstruit pierre par pierre, les ruines d’un monastère du VIe siècle dans le désert syrien. Son rêve : faire de ce lieu une oasis propice à l’harmonie islamo-musulmane ; un havre spirituel et culturel ; une étape sur une route d’Abraham qui reste à tracer et mènerait les pèlerins d’Urfa, en Turquie, jusqu’à Hébron en Cisjordanie. Une dizaine de moniales et de moines ont rejoint aujourd’hui l’ermite pour vivre la spiritualité de Charles de Foucauld, de Louis Massignon, des Pères du désert et de l’Eglise d’Orient, poursuivant ainsi 1200 ans de dialogue avec les musulmans. Une jeune journaliste, Guyonne de Montjou, relate l’aventure exceptionnelle de ce religieux dans un livre, Mar Moussa, un monastère, un homme, un désert, édité par Albin Michel. Fils de bonne famille italienne, tenté dans sa jeunesse par le gauchisme, Paolo est entré chez les jésuites en 1974. Mais sa curiosité de l’islam, sa fascination de la prière des musulmans le conduisent à poursuivre ses études au Liban et à Jérusalem. Il visite les mosquées, il fréquente des groupes soufis, il s’imprègne d’un art de vivre où, comme on dit : « il fait beau », il fait Dieu à tout instant. « L’islam, confie ce prêtre de l’Eglise syriaque catholique, en nous présentant l’immense dévotion pour Dieu « le grand, le miséricordieux », nous oblige à aller plus loin, plus profond dans la science de l’amour ». Lors d’une excursion dans le désert, il découvre Mar Moussa et pressent que sa vraie mission spirituelle commence ici, dans le silence et la désolation de ces ruines inhabitées. Mar Moussa ressurgit des sables à la force du poignet et de l’esprit. Il redevient un monastère habité par des hommes et des femmes investis dans la contemplation, l’hospitalité et le dialogue. Mar Moussa n’est qu’un lieu, un outil pour, selon son fondateur, faire advenir cette harmonie islamo-chrétienne, car elle fait partie du plan divin : « le foisonnement des croyances exprime l’amour polysémique, polymorphe et pluriel de Dieu pour les hommes », croit Paolo Dall’Oglio. Ce livre est une aubade à ce cadeau du Ciel, et à prendre comme tel : la biodiversité spirituelle de notre humanité. Passion pour l’Algérie, de JohnKiser, éd. Nouvelle Cité, 28e€ Jeudi 22 Février 2007 - 04:43
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