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Djihad: de quel combat s'agit-il?Quelque part dans un lieu discret, un homme fait son prêche et cite ce verset du Coran : « L’autorisation de combattre est donnée à ceux qui luttent parce qu’on leur a fait tort ; Dieu est capable de leur donner la victoire ; ceux qui ont été chassés injustement de leurs foyers pour la seule raison qu’ils déclaraient : notre Seigneur est Dieu. »1
De jeunes musulmans -pour la plupart, n’ayant presque jamais eu connaissance du Coran- sont suspendus aux lèvres de leur « guide ». Ce dernier ne se contente pas de leur citer des versets bien choisis, il les interprète à sa manière, à savoir que ce verset exhorte chaque musulman à combattre l’ennemi occidental pilleur des richesses de leurs pays et voleur de leurs terres.
Ces jeunes ne sont pas là par hasard, porteurs de différents maux -d’ordre social pour la plupart-, ils trouvent dans les paroles de leur « guide » leur seule consolation ; mais connaissent-ils les raisons de la révélation de ce texte ? Savent-ils dans quelles circonstances le prophète Mohammad (PBSL) l’a reçu? Cherchent-ils son sens spirituel ? Cela est peu probable. Malheureusement, il ne suffit que de cela pour propager ce virus appelé « intégrisme » : un soi-disant imam de mauvaise foi, des jeunes dans le désarroi et une mauvaise interprétation des textes coraniques ! Le verset cité ci-dessus a été révélé au prophète Mohammad (PBSL) peu de temps après son arrivée à Médine, la ville ou ses compagnons et lui ont trouvé refuge fuyant ainsi les persécutions des tribus mecquoises païennes. Les Musulmans, ayant appris que ces dernières s’étaient emparées de leurs biens voulaient les combattre pour obtenir justice ; c’est ainsi que l’autorisation leur a été donnée sous forme de révélation. Ce fut donc la première bataille sous la bannière de l’Islam et Mohammad (PBSL) et ses compagnons en sortirent vainqueurs alors qu’ils étaient trois fois moins nombreux que leurs ennemis. Une interprétation réduite à la lecture littérale de ce verset ne nous fait comprendre que son contexte historique, laissant ainsi de côté l’essentiel : le sens spirituel. Or, le Coran, étant la Parole de Dieu, est intemporel et ne peut être réduit à l’Histoire. Le contexte historique des révélations coraniques ne représente que l’aspect extérieur ou la forme de la Parole. Interpréter littéralement les textes coraniques réduirait le Coran à un simple livre d’Histoire. L’Islam a deux aspects, un aspect extérieur représenté par la Loi, et l’aspect intérieur représenté par la Voie (connaissance de soi). Ainsi la prosternation lors des prières rituelles par exemple, symbolise la soumission de l’ego fasse à la puissance divine. Le Djihad n’échappe pas à la règle, il a aussi deux aspects. Mohammad (PBSL), de retour d’une bataille dit à un de ses compagnons : « nous voici revenu du Djihad mineur pour nous livrer au Djihad majeur, celui des âmes » ou encore : « Le combattant dans la voie d’Allah est celui qui livre combat à son âme ». Si le Djihad est la lutte contre les ennemis de Dieu, ne faut-il donc pas en déduire que le plus grand des Djihads est la lutte contre nos ennemis intérieurs ? Ces ennemis qui éloignent l’homme de la Vérité, de Dieu. Les paroles du prophète de l’Islam (PBSL) représentent une clé pour l’interprétation des textes coraniques. Le grand métaphysicien musulman Ibn Arabi confirme dans son exégèse du Coran que ce verset s’adresse à tous ceux qui luttent contre l’illusion de ce monde (A ceux qui luttent car on leur a fait tort), qui ont été lésés par la convoitise (ennemi) de leurs propre âme, celle-là même qui les a sortis de leur vraie nature (Chassés injustement de leurs foyers), pour les soumettre à la tentation. Cette lutte de l’homme contre lui-même a souvent été symbolisée par la guerre (réelle ou non), et cela bien avant l’avènement de l’islam. Ainsi par exemple dans les psaumes : 38. Je poursuis mes ennemis, je les atteins, et je ne reviens pas avant de les avoir anéantis. 39. Je les brise, et ils ne peuvent se relever ; ils tombent sous mes pieds. Le commentaire de Saint Augustin dans le Discours sur les Psaumes de ces deux versets ne peut que nous rappeler celui d’Ibn Arabi pour le verset coranique : 38. « Je poursuivrai mes ennemis, et les atteindrai (Id. 38) ». Je poursuivrai en moi les convoitises charnelles qui ne me captiveront plus, mais je les atteindrai pour les détruire. Et je ne retournerai point qu’elles ne soient détruites. Je ne cesserai cette poursuite et ne me donnerai de repos, qu’après avoir anéanti tout ce qui me nuit. 39. « Je les briserai, et ils ne pourront se soutenir ». Ils ne soutiendront pas mes attaques. « Ils tomberont sous mes pieds (Id. 39) ». Après les avoir abattus, je leur préférerai cet amour qui me fait marcher vers l’éternité. On retrouve le même thème dans la Bhagavad Gita2 lorsque Krishna s’adresse au guerrier Arjuna : « Tué, tu obtiendras le ciel ; vainqueur, le monde sera ta récompense ; lève-toi donc, ô fils de Kuntî, le cœur résolu au combat ; fais en sorte que le plaisir et la douleur, le gain et la perte, la victoire et la défaite te soient indifférents et ensuite prépare-toi au combat, car c'est ainsi et ainsi seulement que, dans l'action, tu n'encourras pas le péché ». (V 37) William Quan Judge 3 commente ici ce verset du chapitre II du livre sacré hindou: « Si nous considérons le poème comme s'appliquant à l'homme qui aspire à la consécration, le champ de bataille représente le corps, la soif de vie, tandis que le narrateur et son parti représentent le soi inférieur et l’autre camp le Soi Supérieur » (Ego et Esprit). Si lors des premiers temps de l’Islam, les croyants connaissaient la forme que devait prendre le Djihad, qu’en est-il aujourd’hui ? Qu’est ce que le Djihad aujourd’hui ? Si sa forme intérieure est immuable, c'est-à-dire qu’elle consiste en la lutte contre les bas instincts de l’âme, qu’en est-il de sa forme extérieure ? La réponse n’est certainement pas ce qu’affirment certains fondamentalistes musulmans à savoir, désigner des innocents comme ennemis de l’Islam. Et si le Djihad d’aujourd’hui était tout simplement l’Ijtihad4, cet effort de réflexion que chaque Musulman est censé fournir pour appliquer au mieux la Parole de Dieu. Or les portes de l’Ijtihad ont été fermées au dixième siècle, après la création des quatre écoles de pensée musulmane. Aujourd’hui plus que jamais, le monde a besoin de réflexion profonde sur le destin de l’humanité. Mais pour rouvrir les portes de l’Ijtihad, beaucoup de questions se posent aux musulmans, notamment celle de son statut au sein de la jurisprudence islamique ; cependant la question centrale qui reste sans réponse est : L’homme a-t-il le droit d’intervenir, à l’aide de l’Ijtihâd, dans l’élaboration des règles et des jugements qui deviendront par la suite des statuts réglementant la vie des gens, ou le domaine est réservé à Dieu seul. La question de l’effort de réflexion sur les textes musulmans est essentielle de nos jours, de nombreux intellectuels et penseurs musulmans lancent des appels pour revenir à l’Ijtihad. La Guerre Sainte d’aujourd’hui ne peut absolument pas être la même qu’aux temps des croisades, la lutte dont les musulmans auraient besoin actuellement est une lutte non avec les armes mais avec la pensée. Si les musulmans avaient une guerre à mener aujourd’hui, cela devrait être une guerre contre le faux Djihad, en remplaçant les armes et la terreur par la réflexion et le dialogue. K.M 1- Chapitre 22, verset 39/40 2- « Chant divin », partie centrale du poème épique du Mhâbharâta considéré comme livre sacré en inde. 3- Membre fondateur de la Société théosophique au côté de Mme Blavatsky. 4- Effort intellectuel pour la recherche de la vérité. (Définition de Assia Djebar dans « Loin de Médine »). Lundi 28 Janvier 2008 - 00:00
kawtar.moutaib@gmail.com
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