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EditoLa situation est grave. Le peuple irakien est entre deux feux : l’orgueil américain et la dictature de Saddam. Sans compter que, depuis la seconde guerre du Golfe (1991), les attaques aériennes ne se sont pas interrompues. Cette guerre imminente qui guette et qui pourrait avoir lieu est pesante pour nous, pressante pour d'autres. Le moment est grave, quoiqu'il en soit. Les stratégies économiques enfoncent l’être humain dans l’abîme. Il n'y a plus de respect pour la vie.
Nos enfants, appelés à constituer les générations futures, sont abreuvées d’images de violence. La fiction a rejoint la réalité. Elle l'a presque investie. La révolution numérique, qui nous promettait démocratisation politique, sociale et économique, s’est avérée n'être qu'un leurre. Elle contribue plutôt à servir une hégémonie, et elle réveille des réflexes de discrimination raciale et culturelle que l'on croyait pourtant à peu près éloignés. Le monde est bel et bien empreint de manichéisme, partagé entre un Mal qui ne partage pas les obsessions et un Bien qui se soumet.
Le monde est malade d’injustice. Sa maladie ne cessera que le jour où l’homme recouvrera sa place centrale et pourra (re)donner sens à son quotidien. Mais point de sens possible tant qu'il n'y a pas de justice. La pauvreté, le mépris de l’autre, l’exploitation du faible, sont autant d’éléments qui font qu'aujourd’hui, la violence parvient encore à trouver des canaux d'expression et à s’attaquer à la vie. La consolidation des relations franco-allemandes nous donne de l’espoir quant à la possibilité encore ouverte de bâtir aujourd'hui un monde qui pourra dépasser les contentieux d’hier. Et de montrer l'exemple à maints autres pays du monde, toutes aires géographiques confondues, afin qu’ils œuvrent pour le bien de leur peuple en exploitant leurs potentialités et atouts communs. La Côte d’Ivoire faisait encore les gros titres de l’actualité française au mois de janvier : en effet, les protagonistes ont conclu un accord à Marcoussis. Un accord qui reste à appliquer. Les raisons historiques qui lient la France à ce pays nous responsabilisent, afin d’éviter le pire. Pendant ce temps, au Proche-Orient, Ariel Sharon est reconduit sans surprise au poste de Premier ministre israélien. Comment oser parler de démocratie quand les droits humains même les plus élémentaires ne sont pas respectés et qu'un peuple agonisant subit dans son quotidien les humiliations les plus (in)imaginables ? Les "musulmans démocrates" turcs vont-ils pour leur part œuvrer à une redéfinition de leur politique extérieure ? Les relations israélo-turques et le positionnement d'Ankara sur l'Irak seront certainement des indicateurs de la politique adoptée. Restons optimistes. Il faudra, au final, garder en mémoire que l'injustice a cette vertu de pousser les hommes à la révolte et même à destabiliser le pouvoir des tout-puissants. Samedi 1 Janvier 2005 - 17:05
Hakim El ghissassi
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