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Existe-t-il un Vote Musulman en France ?« Non ! » répond catégoriquement Vincent Geisser, chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (CNRS) et enseignant à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, « il n’en existe pas plus que de vote juif ».
Toutes les études le démontreraient. La question donne pourtant des boutons à ceux qui s’inquiètent d’éventuelles résurgences communautaires, qui plus est sous la forme d’une cinquième colonne. D’autant que ce vote est évoqué régulièrement par des états-majors politiques, dans la presse, par des chercheurs et par les musulmans eux-mêmes. De nombreuses expériences témoignent de l’existence d’une référence à l’islam, du Parti des Musulmans de France de Mohammed Ennacer Latrèche aux actions locales d’associations de jeunes musulmans à partir de 1995, en passant par des entrées individuelles en politique, sous l’égide de différents partis, tant à droite qu’à gauche, de Français inscrivant leur engagement dans une logique communautaire. L’association Les Oranges a organisé le 31 mars à Nanterre, en région parisienne, une conférence intitulée Pourquoi les hommes politiques français courent-ils après le vote musulman ? Vincent Geisser estime que ce sont avant tout les partis politiques eux-mêmes qui entretiennent l’illusion d’un tel vote. Les exemples de clientélisme ne manquent pas, notamment aux élections locales. Les mosquées voient ainsi défiler des candidats pressés promettant, sans y donner suite, tout et n’importe quoi. « Avant les élections, tous les candidats, même ceux qui tiennent un discours très sécuritaire, sont pour les mosquées avec un minaret de 40 mètres ou avec des hauts-parleurs. Cette clientèle électorale est encore perçue comme une communauté captive car on les considère comme des sous-hommes qu’on peut acheter pour rien» estime Vincent Geisser. Une représentation remontant à l’Algérie française et qui porte en elle-même la source de nouvelles peurs. Et si ce supposé vote musulman devenait homogène ? En réalité le risque est quasiment nul. Certes on observe une certaine sensibilité aux questions sociales ou internationales, un rejet répandu du Front National et le sentiment de ne pas être représentés politiquement. Mais pour le reste, les clivages d’origines, de classes sociales, de rapport au religieux ou d’affinités sont trop importants pour permettre des identifications communes. « Abdelmalek Sayad disait qu’exister c’est exister en politique » explique Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) et conseiller régional d’Ile-de-France. « Mais il faut éviter deux pièges, poursuit-il, celui du communautarisme, en y substituant une ambition pour l’égalité de l’ensemble des citoyens, et celui de l’absence de contenu qui consiste à mettre un basané pour mettre un basané. » C’est le rapport de force qui fera la différence. Alors que se multiplient les initiatives pour inciter les jeunes électeurs issus de l’immigration à s’inscrire sur les listes électorales et que nombre de scrutins locaux se jouent à quelques centaines, parfois dizaines, de voix, les futurs candidats font déjà leurs comptes. Le Parti socialiste a été le premier à s’intéresser au vote des populations issues de l’immigration musulmane, sans se départir d’une vision caricaturale du multiculturalisme. Depuis, la droite, Nicolas Sarkozy en tête, a pris le relais tout en cherchant à ménager l’électorat d’extrême-droite. Pour se libérer des calculs politiques à court terme, Mouloud Aounit invite tous les citoyens et résidents à investir les syndicats, les associations et les partis pour les oxygéner. Une participation indispensable car, dit-il, « l’égalité sera le fruit à la fois d’une citoyenneté effective et d’une citoyenneté active ».
Jeudi 22 Février 2007 - 04:23
Didier Bourg
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