Confirmant que l'enlèvement des journalistes avait suscité la colère de Nicolas Sarkozy, qui a récemment dénoncé à leur propos une "imprudence vraiment coupable", le même Guéant s’est appesanti sur l’inconscience qui conduit ces journalistes à prendre tous les risques. Ces dernières déclarations sont d’autant plus surprenantes qu’elles ne peuvent que compliquer la tache de ceux qui oeuvrent dans l’ombre pour la libération des journalistes en question. Lesquels, s’ils étaient en mesure d’écouter Europe 1, du fond de leurs geôles afghanes, se sentiraient aujourd’hui bien seuls.
Je l’ai déjà écrit et n’épiloguerai donc pas sur cette question qui n’en est pas une: la quête de l’information, base du métier de journaliste, ne se mesure pas sur je ne sais quelle échelle de Richter. Haïti? Deux étoiles, Kosovo? Trois étoiles? Rwanda?…L’on ne choisit pas son lieu de reportage comme une vulgaire villégiature, en fonction de sa dangerosité ou de son contexte géopolitique: on y va parce que le métier le commande. Et le rôle d’une démocratie est de soutenir celles et ceux qui participent, au nom de la profession qu’ils incarnent, à la recherche de la vérité. Tout le reste, à savoir les différents propos émanant de responsables politiques, n’est qu’élucubrations.
Silencieux jusqu’ici, les dirigeants de France Télévisions se sont exprimés sur la question en fin de matinée, à travers ce seul communiqué :
« Alors que vingt jours viennent de s'écouler depuis l'enlèvement en Afghanistan de nos deux confrères de la rédaction nationale de France 3 et de leurs accompagnateurs, la direction de France Télévisions est pleinement consciente de l'inquiétude et de l'émotion qui règnent dans les rédactions du groupe et, au-delà, chez tous les salariés. La direction de France Télévisions a, jusque là, privilégié la discrétion publique pour laisser les opérations militaires et diplomatiques en cours sur le terrain se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Sa seule priorité reste en effet de voir les deux journalistes revenir le plus vite possible au sein de leurs familles et de leur rédaction. Toute autre considération ne serait pas recevable.
Paul Nahon, directeur général adjoint en charge des magazines de l'information, présent en Afghanistan depuis le 3 janvier, vient de rentrer de Kaboul. Le rédacteur en chef de Pièces à Conviction, le magazine pour lequel nos confrères enquêtaient, lui a aussitôt succédé de façon à ce qu'un représentant de France Télévisions et de notre profession soit en mesure de manifester un soutien permanent à nos deux confrères tout en gardant le contact avec tous ceux qui travaillent, sur place, à cette libération.
La direction de France Télévisions reste bien sûr en lien permanent avec les autorités civiles et militaires chargées de coordonner ces opérations ».