Faut-il encore placer ses espoirs dans l’organisation de la Ligue arabe ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis sa création, le 22 mars 1945, cette instance représentative de la majorité des Etats constitutifs du Moyen-Orient contemporain n’a pas souvent été l’auteure de décisions révolutionnaires. Création de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en mai 1964 ; adoption du plan Abdallah pour la paix entre Israéliens et Arabes en mars 2002 ; telles sont les deux seules dispositions qui ont révélé une volonté d’action manifeste de la part de l’ensemble des Etats membres de la Ligue. En dehors de cela, rien ou presque. Soit un bilan très maigre pour une organisation pourtant déjà sexagénaire.G GFaut-il alors expliquer les blocages patents de cette instance par le nombre trop important de ses Etats membres, qui sont au nombre de vingt-deux auxquels il convient de rajouter l’OLP ? Il va de soi que le qualificatif de cette instance ne saurait à lui seul constituer un programme efficace, ce notamment lorsque l’on sait que des pays africains plus qu’arabes, tels que Djibouti, la Mauritanie ou encore la Somalie, en font partie. Pourtant, le problème est loin de résider à ce niveau, loin s’en faut. Plus que tout, c’est l’inadéquation des agendas nationaux avec une organisation aux ambitions transnationales et fédératrices qui se rend coupable de l’incapacité des Etats constitutifs de cette institution à dépasser le seul cadre des déclarations d’ambition. Un regard sur les évolutions de l’Union européenne, elle-même en proie à ce type de tiraillements, pourrait certes permettre de relativiser cette donne, et de se convaincre de ce que les actions en commun peuvent au bout du compte difficilement être l’apanage d’acteurs gravitant au sein d’un système international basé sur la coexistence d’Etats nations indépendants. Mais, à y regarder de plus près, les deux donnes restent à bien des égards éloignées l’une de l’autre. Alors que les Vingt-cinq évoluent vers un grand nombre d’objectifs communs qu’entravent parfois des divergences de vue, la Ligue arabe se caractérise par son incapacité à générer le moindre projet fédérateur. Qui plus est, bien d’autres tentatives d’union, bien que beaucoup plus régionalisées, n’ont pas permis de dégager des perspectives plus prometteuses. Le Conseil de coopération du Golfe (CCG, 1981) et l’Union du Maghreb arabe (UMA, 1989), instances encore existantes mais dénuées de substrat probant, en sont la preuve. De même, quelques décennies plus tôt, c’est l’éphémère projet de République arabe unie (RAU) établi entre la Syrie et l’Egypte de 1958 à 1961 qui prouvait — déjà — l’extrême réticence des dirigeants de l’époque à se défaire des prérogatives nationales liées à leur fonction. Nous n’étions pourtant qu’en présence de deux Etats partenaires. Or, près de quarante ans plus tard, tout pousse à penser que ce même type « d’alliance », quels que soient les Etats concernés, aurait tout simplement les mêmes — et minces — chances de succès… La Ligue arabe devrait-elle dès lors faire preuve de plus de réalisme, et envisager, sinon sa dissolution, du moins la modération des ambitions qu’elle affiche ? C’est, à première vue, ce qu’ordonnerait le bon sens. Plus que tout, cette institution est en effet devenue le symbole incontournable de la désunion arabe, avec ce que cela implique de conséquences pour des opinions publiques arabes qui ne manquent pas d’en pointer les flagrantes contradictions. Dont cette récente décision de procéder au financement des troupes africaines engagées aujourd’hui au Darfour (Soudan), alors qu’il y a près d’un an, le silence avait régné face au coup d’Etat que venait de connaître la Mauritanie. La Ligue arabe a encore l’occasion de redorer son blason en procédant à des actions concrètes et de grande envergure, certes. Mais à condition d’agir au plus vite. Car, tandis que les agendas nationaux d’une écrasante partie des pays membres de la Ligue arabe font la part belle à une soumission à la loi du plus fort, ce sont les opinions publiques de ces mêmes Etats qui, pour leur part, semblent s’être convaincues de la fin du panarabisme. Evénement qui ne serait pas aussi notable si, à la mort de cette idéologie, n’était pas en train de succéder un « isme » politique d’un type autre, plus étendu géographiquement, et résultant de décennies de frustrations. Phénomène dont la Ligue arabe est consciente, certes. Mais dont elle ne semble pas vouloir prendre acte, pour le pire plus que pour le meilleur…