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L’Orientalisme, du nu au voiléQuand on évoque les mariages mixtes, il n’est pas inutile de rappeler la contribution de l’orientalisme à la vision occidentale de la femme du sud de la Méditerranée.
Compagnon culturel de l’expansion de l’Europe, l’orientalisme est demeuré malheureusement sourd et muet devant la violence de la colonisation. Définition occidentale de l’Orient que l’érudition, la fiction et l’image ont illustrée, il a laissé traîner derrière lui une conception chauvine de l’histoire. Celui qui essaiera d’esquiver les aspects politiques et idéologiques de l’orientalisme, se contentant de l’esthétisme et du dilettantisme, tendra, même sans le vouloir, à polir autant d’aspérités inélégantes et dérangeantes qui reflètent une mentalité non encore disqualifiée jusqu’à maintenant.
Parmi les lieux communs du fantasme et de l’imagerie orientalistes (paresse, mystère d’orient, pittoresque, immobilisme), il y en un qui colle comme la gale à la peau de la soi-disant réalité de l’Autre, le monde arabe et turc particulièrement. Il s’agit de l’érotisme et de la débauche sexuelle, thème chéri par la fiction, la peinture et la photographie orientalistes. Sous l’éclairage de la traite d’esclaves, de la danse des almées, des bains et harems, la nudité sensuelle de la femme orientale a eu droit à toutes les formes d’exposition imaginables. Le peintre excelle à représenter, le romancier ou le conteur voyageur à décrire. Déjà, les croisades avaient suscité un vif mouvement d’attention vers l’Orient. L’Orient de l’islam, cela s’entend, que l’Église s’empressait de qualifier de terre païenne. Les Infidèles s’y livraient aux orgies et aux ébats impudiques, la femme, diabolique, y incarnait la tentation de la luxure. Le programme était de longue date tout prêt et ficelé. L’imaginaire, produit par la traduction des Mille et une nuits, n’a que ravivé les clichés et les enrober du goût du jour. Au XIXe siècle, la société masculine européenne eut un compte à régler avec la femme, d’autant que celle-ci était devenue saint-simonienne, franc-maçonne, écrivaine, militante fouriériste (Flora Tristan), aventurière (Isabelle Eberhardt). Il fallait restaurer l’ordre et s’inventer un cheval de Troie, les correspondances fréquentes dans la littérature entre la beauté des femmes et la guillotine ne suffisant apparemment plus. La conjoncture historique a été de bon augure. L’Orient musulman libidinal permet désormais au mâle occidental de s’enchanter, de rêver et d’illustrer son idée de la femme. On se mit à exhiber la mollesse des belles langoureuses et oisives sous la garde d’eunuques, à ressortir la carnation éclatante de la chair, offerte, résignée ou vendue que les Maures se disputent, négocient et désirent. Cependant, pour l’observateur étranger, il fallait marquer la distance pour ne point se compromettre, ce qui explique, par exemple, l’empressement de Jean-Léon Gérôme à prévenir : « N’allez pas croire que ni moi ni aucun Français bien-pensant pourrions jamais participer à ce genre de choses. Je me contente soigneusement de consigner ce fait que des races moins éclairées s’adonnent au commerce de femmes nues… convenez-en, c’est excitant ! ». Aujourd’hui, les images féminines de l’orient musulman, que se relaient les médias à large diffusion, ont changé d’aspect. C’est que les représentations ont subi une profonde transformation. Le déshabillage devenant monnaie courante, on passe alors du nu au voilé. Pourquoi ? Là est la question. De toutes les façons, le constat montre une tendance caractérisée à ne montrer de ce fameux Orient que des femmes « foulardées » et non vues. Du visible à l’invisible… Jeudi 22 Février 2007 - 05:08
Rachid Benlabbah
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