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L'ombre de l'Eglise sur les législatives espagnoles

L'Eglise catholique espagnole, toujours puissante dans un pays catholique à 80% mais où la pratique religieuse baisse, entend peser sur les législatives de dimanche, après quatre ans de réformes socialistes, mariage gay en tête, très décriées par un épiscopat conservateur.



L'ombre de l'Eglise sur les législatives espagnoles
La Conférence épiscopale espagnole s'est récemment inclinée du côté des conservateurs du Parti populaire (PP), qui ont ferraillé à ses côtés lors de grandes manifestations hostiles aux lois du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero.
""Si les catholiques peuvent soutenir différents partis politiques et y militer, tous les programmes ne sont pas compatibles de la même manière avec la foi et les exigences de la vie chrétienne"", écrivaient le 30 janvier les évêques, dans une ""note d'orientation morale"" aux électeurs.
Un mois plus tôt, des centaines de milliers de catholiques -deux millions selon les organisateurs- avaient manifesté à Madrid en ""défense de la famille chrétienne"".
L'aile conservatrice de l'église avait alors exprimé avec éclat son rejet de mesures socialistes, l'archevêque de Valence, Agustin Garcia-Gasco, allant jusqu'à les taxer de ""mener à la dissolution de la démocratie"".
Toute une série de lois ont heurté l'église: divorce express, éducation religieuse devenu optionnelle à l'école, autorisation de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, énumère Ricardo Benjumea, rédacteur en chef de l'hebdomadaire religieux Alpha y Omega.
Mais c'est probablement la loi instaurant le mariage entre personnes du même sexe et étendant l'adoption aux couples homosexuels qui a ""le plus choqué et mobilisé parmi les croyants"", explique-t-il.
""On a touché à quelque-chose de très cher aux Espagnols, la famille"" confirme José Carlos Martin de la Hoz, prêtre et professeur en histoire de la théologie, proche de l'Opus Dei.
Les évêques ont aussi critiqué la reconnaissance d'une ""organisation terroriste comme interlocuteur politique"", formule perçue par le gouvernement comme une critique limpide de sa négociation avec le groupe indépendantiste basque armé ETA, à laquelle la droite s'était farouchement opposée.
Le gouvernement a vivement dénoncé les critiques d'un épiscopat ""intégriste"". La droite s'est gardée pour sa part d'alimenter une polémique plus propice à mobiliser les abstentionnistes de gauche qu'à lui apporter des suffrages.
L'Eglise ""n'est pas entrée dans l'arène politique, elle a fait ce qu'elle fait toujours, aborder des questions de fond"", défend M. Martin de la Hoz.
Dans une paroisse de Madrid, un prêtre reconnaît une ""grande tension"" sur ces thèmes. ""La situation est compliquée en ce moment, conflictuelle"", explique-t-il avant de se murer dans le silence par peur de voir ses propos ""blancs"" retranscrits en ""noirs"" par la presse.
Esther, jeune catholique madrilène, avoue sans détour qu'elle votera le 9 mars pour la droite, comme elle l'a déjà fait par deux fois, renforcée par l'idée que le ""gouvernement actuel nuit beaucoup aux principes chrétiens"".
Mais un vote sanction massif des catholiques pratiquants contre les socialistes semble loin d'être acquis.
""Il n'y aurait pas eu de majorité de gauche en 2004 si une majorité de catholiques n'avait voté pour le PSOE"", souligne Evaristo Villar, théologien et porte-parole de Redes Cristianas, groupe d'associations catholiques de gauche.
Pour Nerea, enseignante catholique, il y a un ""divorce"" réel entre une hiérarchie catholique conservatrice et la masse des fidèles. ""L'église que moi je connais est indignée et honteuse"" de la prise de position politique des évêques.
""Aucune des mesures prises par les socialistes ne me gêne et c'est sûr que je voterai socialiste"", conclut cette femme de 30 ans.

Lundi 3 Mars 2008 - 06:54
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