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La francophonie à l’épreuve de la mondialisation, entretien avec Dominique Wolton

Membre du Haut Conseil de la Francophonie et du comité d’honneur du Festival francophone en France, le sociologue Dominique Wolton est directeur de recherche au CNRS et directeur de la revue Hermès. Son domaine de recherche concerne l’analyse des rapports entre culture, communication, société et politique. Dans son dernier ouvrage, Demain la francophonie, Flammarion (2006), il se fait le chantre de la diversité culturelle, un enjeu politique majeur de la mondialisation.



Vous portez un regard sévère sur la France qui a du mal à reconnaître et à valoriser l’apport de toutes les communautés à sa propre identité. Qu’en est-il du multiculturalisme ?
Trois sources expliquent le caractère multiculturel de la France. Premièrement, les Outre-mers. Deuxièmement, 60 ans d’immigration absolument pas valorisée. Un gâchis économique, humain, gigantesque d’hommes et de femmes qui n’ont jamais trouvé leur place dans la société française et dont ils font pourtant partie. La République a des devoirs envers ces enfants. Le fait que la France n’ait pas bien intégré les enfants de l’Outre-mer et surtout ceux de l’immigration est injuste et dommage. Troisièmement, la francophonie : 180 millions de personnes dans le monde parlent le français. Si le français reste une langue mondiale, c’est grâce à la francophonie et non à la France.

Pourquoi la France n’est-elle pas fière de son multiculturalisme ?
Si, depuis 30 ans, elle a politiquement résisté au lepénisme avec efficacité, il n’en va pas de même dans le domaine des idées. Il y a une forte présence de l’extrême-droite culturellement. Les forces traditionnelles de droite et de gauche n’ont jamais eu l’intelligence ni le courage d’affirmer qu’être français ce n’est pas être blanc mais c’est être enfant de la République. Il aura fallu 40 à 50 ans pour que cette réalité soit admise. Si la France avait reconnu la richesse et la légitimité de tous ces apports, elle serait en position de force. Dans la mondialisation, les pays à plusieurs identités ont un atout. La France par ses racines multiples est plus à même de comprendre les problèmes du monde. Vous défendez la francophonie comme une voie d’avenir.

Quel rôle peut-elle jouer sur le plan à la fois linguistique, culturel, politique et économique ?
Sur le plan linguistique, se battre pour la francophonie c’est reconnaître les autres langues. Cela passe par l’apprentissage de plusieurs langues : la langue maternelle, régionale, internationale : l’anglais, le russe, le portugais, le français ou l’espagnol. Défendre la francophonie, c’est aussi se battre pour la diversité culturelle. Même si les gens parlent la même langue, ils sont différents d’un pays à l’autre. La francophonie, c’est un laboratoire de la diversité culturelle. Si l’on arrive à cohabiter avec tout ce qui nous sépare, c’est plutôt positif. Sur le plan économique, la francophonie est un atout. 1/3 de pays riches et 2/3 de pays pauvres la compose. On doit à la fois s’occuper du développement durable et du capitalisme mondial. Politiquement, la francophonie essaie de souscrire aux valeurs de la démocratie. En 2000, il y eu la signature d’une charte démocratique : la Déclaration de Bamako pour faire de l’espace francophone un lieu qui favorise le respect des droits de l’Homme et de la démocratie. Certes, tous les pays de la francophonie ne sont pas démocrates mais le fait d’avoir signé cette charte est encourageant.

En quoi la francophonie est-elle une chance pour la mondialisation ?
La mondialisation est d’abord un phénomène d’ouverture avec la circulation des idées, des capitaux, des hommes, etc. Ensuite, un phénomène de rationalisation, car l’économie mondiale est standardisée.G GEnfin, la mondialisation est un formidable facteur de déstabilisation des identités culturelles.

Comment va-t-on demain respecter la diversité culturelle ?
Les aires linguistiques - le français, l’anglais, l’espagnol, le portugais, l’arabe, l’allemand - peuvent jouer un rôle parce qu’elles traversent les pays du Nord et du Sud. Ce sont des amortisseurs de la violence de la mondialisation. Paradoxalement, la mondialisation va permettre de voir d’un nouvel œil la francophonie. La francophonie ne se réduit pas au siècle de la colonisation et de la décolonisation. C’est plus compliqué. Le français a une histoire. Il y a 3 francophonies celle qui dure du XVIe siècle au XIXe siècle puis celle de 1830 à 1960 qui est le siècle de la colonisation. A partir de l’an 2000, on arrive au troisième stade de la francophonie, la francosphère c’est-à-dire quand la francophonie se trouve face à la mondialisation. C’est une chance pour elle. Les 10 pays d’Europe de l’Est qui viennent de rentrer dans l’Union européenne sont francophiles. L’Europe retrouve ainsi des racines francopho-nes. La mondialisation permet de passer par-dessus le siècle de la colonisation pour retrouver la première francophonie. Selon les chiffres de l’Ambassade de France au Maroc, les écoles dites de la Mission française accueillent cette année 18 000 Marocains.

Comment expliquer que la France bénéficie toujours d’un rayonnement culturel à l’étranger alors que les moyens sont réduits pour développer ce réseau ?
La France reste le pays au monde qui a l’action culturelle extérieure la plus forte. Il est vrai que les moyens diminuent, mais surtout les Français ne sont pas fiers de cette action culturelle. Ils ne se rendent pas compte que la richesse de la francophonie peut leur être bénéfique. Au Maghreb et notamment au Maroc, on rencontre un réel enthousiasme pour le français et la francophonie. Ce sont les francophones hors de l’Hexagone qui défendent le fait de parler français et qui en sont fiers. La France n’est pas forcément au centre de la francophonie mais elle est au cœur du dispositif. Le reproche que l’on peut lui faire est de s’être trop repliée sur elle-même depuis 30 ans. Tournée à juste titre vers l’Europe mais un peu trop en oubliant le bassin méditerranéen. Alors que la France doit énormément à sa façade sud. De la même manière que l’Europe a accueilli les pays de l’Est, il faudra un jour qu’elle s’ouvre aux pays de la Méditerranée. La France qui fait des leçons de démocratie et de droits de l’Homme n’est pas toujours à la hauteur de ce qu’elle prône. La politique des visas est catastrophique. On ne peut pas se proclamer Terre des Droits de l’Homme et fermer ses frontières. J’ai toujours soulevé cette contradiction du point de vue de l’humanisme démocratique qui anime la mondialisation.
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Dominique Wolton Auteur de très nombreux ouvrages dont : *Penser la communication, 1997 QL’Autre Mondialisation, 2003 *Il faut sauver la communication, 2005 *Demain la Francophonie, 2006 tous publiés chez Flammarion…

Jeudi 22 Février 2007 - 04:46
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