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La guerre du rif, cicatrice mal fermée des relations Madrid-Paris-Ranat

La Guerre du Rif (1921-26), le conflit colonial livré au Maroc par l'Espagne et la France contre le chef berbère Abdelkrim, a fortement conditionné les relations contemporaines complexes entre Madrid, Paris et Rabat, selon un récent livre publié à Paris.



Nombreux documents inédits à l'appui, Nicolas Marmié, correspondant de presse au Maroc de 1999 à 2006 et Vincent Courcelle-Labrousse, avocat au Barreau de Paris, font revivre dans ""La Guerre du Rif"" un bain de sang ""oublié"" des manuels scolaires des deux rives de la Méditerranée.
Bien avant les indépendances, les rebelles de la ""république du Rif"" massacrèrent dans ce massif montagneux tourmenté des milliers de soldats espagnols qui occupaient une partie du nord marocain, avant de retourner leurs armes contre les Français, faisant vaciller le Protectorat et craindre à Paris un effet domino dans l'ensemble du Maghreb.
Les Espagnols bombardèrent sans lésiner le Rif au gaz moutarde, ce qui suscite toujours controverse en Espagne, où les indépendantistes catalans réclament la reconnaissance de ces ""crimes contre l'humanité"".
Fait inconnu, le maréchal-résident Lyautey, se sentant débordé, réclama lui-aussi par écrit à Paris du gaz moutarde. Apparemment en vain.
Dans le Rif, se croiseront Philippe Pétain, appelé en sauveur du sultan du Maroc, et un jeune officier de la Légion espagnole, Francisco Franco, qui y forgea sa réputation de militaire à poigne.
Les deux puissances coloniales écrasèrent les Rifains lors d'une opération militaire conjointe mobilisant plus de 200.000 hommes, fruit d'une alliance de circonstance qui gomma un temps la condescendance atavique de Paris envers Madrid et la méfiance jalouse des Espagnols envers les Français.
""Cette chausse-trappe de l'histoire éclaire puissamment les relations contemporaines du triangle Rabat-Paris-Madrid"", soulignent les auteurs.
Ils évoquent la concurrence commerciale féroce que se livrent aujourd'hui au Maroc l'Espagne et la France.
Mais aussi la sensibilité à vif du royaume chérifien envers l'Espagne, qui s'exprima encore en 2007 avec véhémence lors de la visite controversée du roi Juan Carlos dans les enclaves de Ceuta et Melilla.
""Vous nous avez envoyé les gaz toxiques, on vous répond avec notre herbe toxique"", résume un gamin du rif au milieu d'un champ de cannabis.



Jeudi 22 Mai 2008 - 07:16
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