""L'acte d'accusation a été distribué à nos membres et nous sommes en train de nommer un rapporteur pour étudier l'acte d'accusation"", a déclaré à des journalistes le vice-président de la Cour constitutionnelle Alifeyyaz Paks t.
""Comme il s'agit d'une étude préliminaire, cela ne devrait pas prendre plus de 10 jours, peut-être même moins longtemps"", a-t-il ajouté.
Les 11 membres de la Cour constitutionnelle doivent d'abord juger de la recevabilité, sur la forme, de l'acte d'accusation déposé vendredi par le procureur de la Cour de cassation, Abdurrahman Yalçinkaya, avant de pouvoir éventuellement examiner l'affaire sur le fond.
Un verdict n'est pas attendu avant plusieurs mois.
M. Yalçinkaya accuse dans un texte de 162 pages le Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, d'être devenu ""un foyer d'activités allant à l'encontre de la laïcité"", de vouloir faire de la Turquie un Etat islamique et de vouloir détruire le système démocratique.
Outre l'interdiction du parti, il réclame que 71 de ses membres, dont 39 députés et 11 maires, soient interdits d'activité politique pendant cinq ans.
Parmi ceux-ci figurent le Premier ministre Erdogan et le président Abdullah G l, ancien cadre de l'AKP.
La démarche du procureur est le dernier épisode d'une lutte sans merci entre l'AKP -qui se définit aujourd'hui comme un parti ""démocrate conservateur"" ayant rompu ses liens avec l'islam politique- et les milieux pro-laïcité, très présents dans l'armée, la magistrature et certaines administrations.
Ce week-end, M. Erdogan s'en est vivement pris au procureur Yalçinkaya, l'accusant d'""ignorer la volonté du peuple"" qui s'est prononcé massivement aux dernières élections législatives en faveur de l'AKP.
""Personne n'a le droit de donner l'image que la Turquie est un pays de troisième classe"", a-t-il dit, fustigeant un recours ""anti-démocratique"".
L'AKP, arrivé pour la première fois au pouvoir en 2002, a remporté haut la main les élections de juillet 2007, avec près de 47% de voix, mais n'a pas su dissiper les soupçons des milieux pro-laïcité dans ce pays très majoritairement musulman mais à régime laïc.
La controverse entre l'AKP et les milieux pro-laïcité a été relancée le mois dernier avec le vote, par le Parlement, d'une réforme autorisant le port du voile islamique dans les universités, prohibé depuis une dizaine d'années en vertu d'une jurisprudence de la Cour constitutionnelle.
La Bourse d'Istanbul, déjà confrontée à une conjoncture mondiale défavorable, a chuté de plus de 7% à l'ouverture lundi en réaction à la demande d'interdiction de l'AKP, une initiative qui selon les analystes pourrait faire traverser à la Turquie une longue période d'instabilité.
Cette ""baisse est liée à la tentative de faire interdire l'AKP car le gouvernement va devoir utiliser son énergie politique pour résoudre cette affaire et du coup va ralentir les réformes demandées par l'Union européenne et le Fonds monétaire international"", a estimé Ízg r Altug, chef économiste chez Raymond James.
""Même si cela n'a pas encore été inclus dans la facture, les investisseurs s'inquiètent aussi de ce qui va se passer en terme de stabilité politique si l'AKP est interdit"", a-t-il ajouté, relativisant toutefois la portée de ces événements de politique interne par rapport à ceux liés à la conjoncture mondiale.