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Le développement humain La bombe du chômage sera-t-elle désamorcée ?

Le Maroc fait son bilan pour pouvoir se projeter dans l'avenir sur des bases saines. La clé de beaucoup de problèmes que connaît ce pays en pleine mutation dépend de la réponse qui sera donnée à la question de l'emploi.



La croissance économique est le levier du social. Le programme de développement humain se concentre sur la formation de femmes et d'hommes qualifiés pour l'emploi et la création d'entreprise. L'approche par l'INDH (l'Initiative nationale pour le développement humain) a changé : il ne s'agit plus d'assister mais d'encourager la prise en charge et l'investissement induit par l'homme, ce Marocain moyen qui vit avec 23 Dhs (1€e ~ 10,776 Dhs) par jour (selon la dernière enquête menée par le Haut Commissariat au Plan, en 2001). C'est l'enjeu crucial d'un Maroc qui arrive à une inflexion démographique de taille : il y a de plus en plus de jeunes en âge de travailler et il y a de plus en plus de personnes âgés. La structure de la pyramide des âges a, pour la première fois, grossi le rang des 25-29 ans. Plus de vieux, donc plus de financement des retraites… donc emplois à trouver pour sauver le système social encore balbutiant. Le défi du Maroc n'est pas des moindres. Le rapport du cinquantenaire, sur le développement humain et les perspectives du Royaume, le souligne particulièrement. Trop de chômeuses… Le chômage à deux chiffres, c'est une réalité au Maroc depuis 1982. Le chômage de longue durée est également un problème majeur depuis vingt ans et il augmente avec le niveau d'études. Par exemple, les chômeurs de plus de douze mois passent de 54,7% en 1984 à 74,8% en 2003. Le Royaume devra créer d'ici 2015 près de 3,3 millions d'emplois (soit près de 330 000 emplois par an, selon la Banque mondiale). D'abord l'offre de travail croît à un rythme nettement plus rapide que celui de la croissance démographique de 1960. Par rapport à cette période, l'offre de travail en 2003 s'est accrue de trois fois et demie. Autre fait marquant de ces trois dernières décennies, la féminisation croissante de cette offre. Trois fois plus de femmes peuvent travailler aujourd'hui qu'il y a soixante ans. En ville, explique le rapport, l'offre de travail féminin a crû deux fois plus que l'offre des hommes. Mais c'est chez elles que l'on retrouve le plus fort taux de chômage ! En parallèle, les créations nettes d'emplois suivent une tendance erratique sur la période et restent de toute façon insuffisantes pour absorber les arrivants sur le marché du travail. Entre 1971 et 1982, seulement 152 000 emplois par an ont été créés. Ce chiffre est descendu à 137 000 postes par an entre 1982 et 1994… et a été nettement augmenté entre 1995 et 2003 avec une moyenne de création de 217 000 emplois, la majorité étant localisée en milieu urbain. Profils déconnectés Les créations se sont concentrées dans le tertiaire, et plus modérément dans le secondaire, tandis que le primaire (agriculture) voit le nombre de création d'emplois nettement diminuer. C'est le changement structurel souligné par les auteurs duG Grapport. Sur quarante ans (1960-1994), la part du tertiaire dans l'emploi total a plus que triplé. Ce qui freine l'envolée de la création d'emplois est d'abord le faible taux de création d'entreprises. Cela est inhérent, selon les experts, à un climat d'investissement peu propice à la création d'entreprise. « Malgré les efforts entrepris depuis l'Indépendance, la lourdeur des procédures administratives (qui génère des coûts financiers et en terme de temps), les barrières à l'entrée insurmontables sur certains marchés dominés par les monopoles et surtout la difficulté de lever des fonds à des taux d'intérêt intéressants auprès des banques marocaines, continuent de décourager nos entrepreneurs »… Un constat d'échec de l'assainissement du climat des affaires (cf. classement du Maroc pour la corruption par Transparency). Constat d'autant plus édifiant que les auteurs soulignent bien la rupture entre le relais de l'Etat et du privé. « Cet aspect est d'autant plus crucial qu'il a empêché le secteur privé de prendre le relais de l'Etat quand celui-ci, austérité budgétaire oblige, a ralenti son rythme d'embauches dans les années 80. » t
Pour accéder à l'intégralité du rapport 50 ans de développement humain au Maroc et perspectives pour 2025 www.rdh50.ma Pour obtenir une synthèse du rapport de l'IER (Instance équité et reconciliation) www.ier.ma


Un Etat trop pesant, un secteur privé trop empêtré… « Les interventions continues de l'Etat dans la vie économique ont suscité de graves distorsions sur le marché du travail, du fait des salaires, des monopoles et des régulations inadéquates ». Le diagnostic d'un des experts de l'équipe Belfqih est sans concession. L'Etat-employeur a fait beaucoup de tort à l'emploi, il s'est vu piéger et obligé de dégraisser. En plus des hauts niveaux relatifs des salaires pratiqués qui ont « longtemps détourné les talents du secteur privé et de la création d'entreprises, au détriment de l'offre du travail ». Cela sans compter les rigidités des régulations et du Code du travail « qui rendent difficile la possibilité de licencier des employés en cas de faute ou de difficultés de l'entreprise ». Il y a là, selon les experts, peu d'incitations à embaucher dès le départ. L'un des axes de perspectives sur les vingt-cinq ans sera de veiller à encourager l'emploi et la création d'entreprise. La taxation sur le capital humain (impôt général sur le revenu) reste trop élevée au Maroc. Il avait été annoncé depuis une décennie que l'on procéderait à la baisse — surtout des tranches supérieures — de cet impôt. Les différents gouvernements n'ont pas réussi à s'attaquer à cet impôt, celui de Jettou y compris. Enfin, côté offre de capital humain : l'adéquation et la qualité sont loin d'être la règle.

Jeudi 15 Février 2007 - 04:26
Bahia Chami
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