La politique publique religieuse se réfère dans son action au cadre juridique mis en place, elle respecte les institutions et les choix du citoyen exprimés à travers les instances législatives.
L’intégration du religieux se fait ainsi dans un cadre légal et encadré afin d’agir dans le respect des droits de l’homme lorsqu’il y a abus de pouvoir ou menace de l’ordre public. La mise à niveau des cadres religieux à travers «Mithaque al-oulamae» ne fait qu’appliquer, avec un esprit d’équité entre les différentes régions, les dispositifs de l’article 13 du dahir relatif à la création du Conseil des Oulémas.
Il vient d’être mis en place une fois le statut social des imams amélioré (couverture sociale et augmentation des indemnités), sa mission bien définie par «le guide de l’imam et prédicateur» et la distinction entre la gestion administrative par le ministère et la gestion religieuse par les Conseils des Oulémas bien établie. Ainsi l’imam se trouve de plus en plus à l’abri d’influences partisanes.
Cette nouvelle dynamique, à dimension politique et sociale, vise une identification des lacunes, un dépoussiérage du socle, constituant la tradition religieuse marocaine qui a subi ces dernières décades une altération par le fait qu’elle est restée muette face aux discours simplistes et puritanistes, en déphasage avec les réalités sociales et historiques de l’islam. Ce qui est devenu source de radicalisme, de contrainte, d’extrémisme et d’avis religieux littéralistes, en contradiction avec les bases jurisprudentielles choisies par les Marocains depuis plus de 12 siècles.
Défi: une formation religieuse ouverte
Si les dispositifs légaux, administratifs, logistiques et financiers sont mis à disposition pour bâtir une expression éclairée de l’islam, le discours religieux est appelé à être plus attrayant et plus en phase avec les réalités du monde moderne. Comment pourrions-nous imaginer une pensée religieuse éclairée si le discours religieux ne se libère pas de son archaïsme et de son refus de bénéficier de l’évolution de la pensée humaine et de la recherche scientifique.
Comment pourrions-nous convaincre que le message de l’islam est un message de paix, de solidarité et de rationalité lorsque la frilosité nous habite quand il s’agit de dénoncer les paroles et les actes qui travestissent le message originel de l’islam et sa tradition historique.
Le modèle religieux marocain se base dans son développement sur la participation active de la population: plus de 60% des mosquées sont construites et financées par la solidarité populaire, la grande partie de l’enseignement traditionnel fonctionne grâce au système de «a’charte» (la contribution financière collective de la population locale pour le fonctionnement des mosquées et la rétribution des imams). L’Etat participe au fonctionnement du culte en mettant en place les cadres légaux et en garantissant l’expression intégrée et modérée de la religion afin de préserver l’ordre public et l’unité cultuelle des Marocains.
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(1) A l’occasion de la tenue de la septième session du Conseil supérieur des Oulémas, présidée par le Roi Mohammed VI, avec le discours royal prononcé le 27 septembre 2008.
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Formation pour un islam vivant son temps
Le remède au discours religieux anachronique régnant est la formation. Cette formation ne pourra donner ses fruits si elle ne s’ouvre pas sur la pensée religieuse moderne, si elle ne fait pas l’effort de s’ouvrir sur les autres langues et les autres cultures et si elle ne révolutionne pas ses moyens de transmission car il ne s’agit pas uniquement de réforme mais de révolution, lorsqu’on regarde de près les moyens de communication utilisés et les contenus transmis. Le message modéré de l’islam ne peut se concevoir sans l’ouverture et sans implication dans la réflexion autour de la pensée religieuse mondiale. C’était le cas pendant la période de la révélation, le texte coranique est exemplaire en ceci, il ne fait pas l’économie de lire le monde apparent et caché. Ces deux dernières années et à l’instar des autres chantiers, l’enseignement traditionnel (écoles coraniques, écoles traditionnelles, Dar al-Hadith al Hassania…) a connu une réforme profonde des programmes et des cycles d’enseignement.
Sa valorisation, en le mettant sur un même pied d’égalité que l’enseignement général, l’introduction d’un enseignement profane (mathématiques, langues, histoire, sciences…) à côté de l’enseignement religieux et la mise en place de moyens supplémentaires pour la motivation des enseignants, des gérants et des bienfaiteurs, dote aujourd’hui ce système de formation religieuse de moyens nécessaires pour être un des pôles de compétences pour un islam éclairé, vivant son temps.
Mesures pratiques
EN faisant passer le nombre des Conseils des Oulémas de 30 à 70 et en lançant «Mithaque al-Oulamae» (le pacte des Oulémas), le discours royal place la formation des cadres religieux et le devoir de respect des spécificités de l’identité religieuse marocaine au centre de la réforme religieuse.
La TVA appliquée à la construction et l’entretien des mosquées, lieux par excellence du culte musulman et de la formation religieuse, sera revue à la baisse, elle sera de l’ordre de 10% au lieu de 20%. Une aberration du système fiscal marocain vient d’être corrigée. Des pays laïcs comme la France, en plus d’autres avantages fiscaux, exonèrent complètement des taxes les lieux de cultes, déclarés en tant que tels.
Ramadan 2008, riche en signes
Le 2 septembre 2008, Ahmed Taoufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, lors de la leçon inaugurale des causeries religieuses, présidées par le Souverain, a défini les prérogatives des Oulémas et leurs relations avec les institutions. La dernière leçon animée par Driss Bendaouia, président du Conseil des Oulémas de Larache, a été consacrée à la tradition cultuelle marocaine, elle a tracé les principales spécificités marocaines à respecter par l’ensemble du corps religieux.
Le 17 septembre 2008, la lettre royale adressée aux participants à une croisière, organisée sous le thème «A la recherche de l’Islam des lumières, l’Age d’or des Monothéismes au Maroc et en Andalousie», a indiqué que la politique religieuse marocaine «vise à répondre aux besoins du citoyen et aux exigences du monde moderne» qu’elle ‘‘est basée sur l’intégration institutionnelle de la gestion des affaires religieuses»’’ Le Souverain a réaffirmé que la pierre angulaire de cette politique est «l’institution d’Imarat al-Mouminine, Commanderie des croyants, garante de la pérennité des fondements de notre religion selon notre rite».
Les 19, 20 et 21 septembre 2008, plus de 1.000 affiliés au soufisme, représentant quelque 800 zaouïas et confréries se sont réunis autour du Coran à Sidi Chiker dans la région de Safi. Le message était clair, le soufisme, tant décrié par certaines mouvances islamiques, est une composante sociale, ancrée dans l’histoire marocaine, il puise sa légitimité du texte coranique et de son action sociale, éducative et spirituelle. La conférence de Mohamed Yessef, secrétaire général du Conseil supérieur des Oulémas, prononcée à l’occasion de la première série des «Rencontres nationales Sidi Chiker pour les affiliés au Tassawuf» a tranché avec le discours normatif des Oulémas, en affirmant que le soufisme est une dimension essentielle dans le cheminement spirituel et éducatif du croyant. Quant à Ahmed Taoufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, il a indiqué que le croyant peut avoir un cheminement individuel, voire plus difficile et plus périlleux, ou être accompagné au sein d’une confrérie. Le Souverain dans le message adressé aux participants dit que «la version nationale [des rencontres sidi Chiker] trouve sa justification dans la nécessité de prendre en charge cette mouvance spirituelle de l’intérieur et d’identifier les moyens et les modalités d’actions susceptibles de mettre à profit le potentiel qui lui est inhérent dans le développement de la conscience morale chez les individus.»
Le 21 septembre 2008, dans un communiqué, le Conseil supérieur des Oulémas dénonce les déclarations d’El Maghraoui à propos du mariage de la fille de 9 ans. Le positionnement du Conseil était clair à trois niveaux: premièrement, le Maroc a sa propre tradition religieuse, deuxièmement, la fatwa au Maroc est institutionnelle, personne ne peut s’autoproclamer mufti et troisièmement, le devoir de respecter les choix jurisprudentiels et institutionnels du pays en référence au code de la famille. A cet effet, l’avis donné en 2006 par le Conseil des Oulémas à propos de l’intérêt général légitime religieusement les décisions prises par le gouvernement et les institutions de l’Etat, qui ne peuvent enfreindre l’esprit de l’islam.
Hakim El Ghissassi, spécialiste de la laïcité et droit des cultes, fondateur et directeur des magazines Sezame («ex-La Médina») et Madarik, l’hebdomadaire du fait religieux. Il est auteur de «Regard sur le Maroc de Mohammed VI» publié chez Michel Lafon en 2006.