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Les violences de masse passées au crible sur Internet

Des chercheurs français lancent jeudi 3 avril la première encyclopédie en ligne gratuite sur les crimes contre l'humanité pour faire œuvre éthique d'histoire, et aider au travail de mémoire



Etudier les phénomènes de violence de masse et surtout diffuser la connaissance qu’en ont les historiens. Tel est l’objectif et le défi de la première « Encyclopédie électronique » sur ce sujet, en accès libre dès jeudi sur Internet (1). À l’initiative de ce projet lancé en 2004, le Centre d’études et de recherches internationales de Sciences-Po Paris (Ceri), avec notamment le soutien du CNRS, de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, en partenariat avec l’Institut de recherche en sciences sociales de Hambourg et le Mémorial de Caen.

Autour de Jacques Sémelin, historien, politologue, directeur de recherche au CNRS, et directeur de cette Encyclopédie électronique, une équipe internationale de chercheurs et d’informaticiens. Ce site Web se veut donc un « outil pédagogique » pour l’enseignement universitaire, mais pas uniquement. Tous ceux qui s’intéressent à cette question sont susceptibles d’y trouver des informations. Si le site est en anglais, certains dossiers spécifiques à un pays seront traduits dans sa langue vernaculaire.

Le choix du terme « violence de masse » ne doit rien au hasard. « Par violence de masse, nous entendons désigner les phénomènes de destructivité humaine collective dont les causes sont principalement politiques, sociales, religieuses ou culturelles », précise Jacques Sémelin dans la présentation du projet.
Le site propose une entrée géographique

Pour autant, il ne s’agit pas de traiter dans cette Encyclopédie de tous les systèmes de domination et de coercition politique, économique ou raciale en tant que tels, prévient encore le chercheur, mais de s’intéresser spécifiquement « aux processus de destruction qui peuvent être engendrés par de telles situations, ou par des logiques de guerre et qui conduisent à une mise à mort collective ».

Derrière cette notion de violence de masse, celle de « massacre », définie comme « une forme d’action le plus souvent collective de destruction de non-combattants (y compris les combattants qui ont été désarmés) ».

Le site, conçu par des historiens, dont le souci de neutralité est fondamental, propose donc une entrée géographique, plutôt que cas par cas, où l’on pourrait déceler une volonté de hiérarchie. Exception faite pour les violences transfrontalières perpétrées dans l’Empire ottoman, l’Union soviétique, l’Europe nazie et la domination japonaise sur le Sud-Est asiatique durant la Seconde Guerre mondiale.

Pour le reste, le site propose systématiquement une synthèse historique par pays, des études de cas, un état des connaissances, un glossaire et pour finir un lieu de débats avec des contributions écrites de chercheurs, qui seraient un peu l’équivalent des articles publiés dans une revue scientifique.
Même les cas les plus récents sont répertoriés

Une telle Encyclopédie n’a rien à voir avec un site « participatif » comme Wikipédia où chacun peut intervenir librement et sans contrôle sur le contenu des informations. En revanche, elle propose un véritable service de synthèse des connaissances existantes sur ces sujets. Autrement dit, celui qui voudrait se documenter sur tel événement, y compris sur le massacre des Indiens d’Amérique du Nord ou celui des Aborigènes d’Australie, ou même sur la nuit de la Saint-Barthélemy, devrait pouvoir le faire. Peut-être pas dès aujourd’hui, car le site continue à recevoir des contributions, mais à terme certainement.

Les cas les plus récents, comme le génocide perpétré par les Khmers rouges au Cambodge il y a trente ans, ou bien le génocide au Rwanda il y a moins de quinze ans, sont bien sûr répertoriés et étudiés. Quand bien même la justice suit toujours son cours pour juger les responsables et principaux acteurs de ces violences de masse.

L’une des rescapées du génocide au Rwanda, Esther Mujawayo, sera d’ailleurs présente à l’inauguration du site jeudi soir dans les locaux de Sciences-Po à Paris, en compagnie de Simone Veil, toutes deux ayant été invitées à être les marraines de l’Encyclopédie.

Nul doute que cet outil sera d’une grande utilité pour tous les citoyens curieux de ce sujet. Reste à savoir si les ONG de défense des droits de l’homme, souvent à la pointe dans la détection de violences de masse, pourront y apporter leur contribution.

Catherine REBUFFEL

(1) http://www.massviolence.org

Source : La croix 3 avril 2008

Jeudi 3 Avril 2008 - 09:07
Catherine REBUFFEL
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