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Marocains résidant a l’étranger, un vivier d’entreprenariat

Grâce à ses ressortissants vivant à l'étranger, le Maroc s’assure des entrées substantielles en devises (environ 35 milliards de DH). Au-delà du cliché de l'Euro vivant, c'est une donnée qui dit plus que sa valeur vénale.



Les Marocains qui vivent ailleurs vivent aussi au Maroc. Que ce soit en passant ou en revenant définitivement, il prennent connaissance de l'environnement et veulent le changer avec leur savoir-faire. Plus d'un touriste sur deux est Marocain (2,6 millions en 2005 selon le ministère du Tourisme), ce qui souligne le fort lien qui persiste avec le Royaume puisque la grande majorité de ceux qui sont installés à l'étranger reviennent à un moment ou à un autre. La diaspora marocaine compte 3 millions de personnes (HC, recensement 2004). Elles investissent principalement dans l'immobilier (84 % contre 7,5 % dans l'agriculture selon la récente étude de la Banque Européenne d'Investissement) et vont peut-être vraiment aller aux urnes en 2007 (bien que la complexité de l'harmonisation — découpage électoral, circonscriptions… — soit un défi pour le législateur).
Transformer l'essai Elles reviennent et elles comptent plus, apportant avec elles un niveau certain d’exigence. Bien que leurs doléances soient les mêmes que celles des résidents* (justice, moinsG Gde corruption, moins de lourdeurs administratives, procédures moins coûteuses...), les écouter est somme toute le moins que l’on puisse faire si on veut les amener à investir au Maroc. Cette nouvelle garde compte également s’engager pour changer les choses. De nombreuses initiatives de collectifs et de liens (comme ce magazine) naissent. Une effervescence de tribunes, de débats a émané de deux rendez-vous majeurs : lorsque le Souverain a reconnu le droit de la transmission de la nationalité de la mère marocaine épouse d'un étranger (discours du trône du 30 juillet 2005) et la volonté de voir les MRE participer à la politique intérieure en allant aux urnes (discours du 6 novembre 2005). Autre donnée importante : la plupart des projets des MRE sont des petits et moyens projets. Il s'avère que ce sont les petits projets, dont le montant d'investissement se situe à moins de 500 000 DH, qui prédominent en nombre, représentant près de 40 % du total, selon une étude de l'Insea (Institut National de Statistiques et d'Economie Appliquée), à l’image du paysage entreprenarial national. On ne sait pas en revanche quel est le taux de réussite des projets des MRE. Par ailleurs, le montant de 14 % des projets dépasse 5 millions de DH. Mais le recours aux banques est faible. La déconnexion se loge aussi là. Selon l'Insea, 18 %, moins d'un sondé sur cinq, dit avoir un problème d'accès aux capitaux. En général, il vient avec les siens. La mutation des rapports entre le pays et ses expatriés, même si elle en est encore à ses balbutiements, est entrée dans les faits.
Le Maroc, un pays à très grand potentiel Les MRE comptent de plus en plus pour plusieurs facteurs endogènes et exogènes. A l'intérieur, le Maroc essaie de motiver toutes ses forces vives pour porter un projet de société difficile : alphabétiser les 43 % de Marocains qui n’ont pas encore accès à la lecture et à l’écriture, sortir de la pauvreté et de la précarité 14 millions de personnes et entrer dans un cercle vertueux de développement. A l'extérieur, comme le notera ce fils des deux rives réinstallé au Maroc, Redouan Mfadel, « les marchés européens sont saturés. Le Maroc est un pays à très grand potentiel. Il y aura de plus en plus d'investissements. Les opportunités existent dans le tourisme. Il y a aussi les métiers techniques et organisés en Europe, comme la plomberie ». Reste que pour transformer l'essai, il faut un véritable changement dans les comportements. « Les MRE en ont marre qu'on les traite comme des bêtes curieuses. Il faut les considérer comme les Marocains résidents. Ils viennent revoir leur pays et veulent être considérés comme de simples citoyens, et qu'on arrête ces clichés d'apporteur de devises » explique Mohamed M'Jid qui prépare, avec des membres de la diaspora française, un collectif dont l'objectif est de « maintenir le contact à tous les niveaux et d'établir des passerelles ». Tourisme, nouvelles technologies, industrie, commerce, bourse, télécoms, les secteurs cités par les nouvelles générations sont ceux qui attirent le plus d'investisseurs en général. Mais le passage à l'acte est encore à faire.

* Selon une étude de l'Insea (Institut National de Statistiques et d'Economie Appliquée), 42 % des sondés affirment que parmi les principaux freins à l'investissement, on compte les procédures administratives. “Seuls” 13 % citent le problème de la corruption.



Evaluation L'Office des Changes (OC) considère les entrées en devises lorsqu'un MRE agit comme un étranger non résident. C'est donc un investissement direct étranger. Les virements sur les comptes courants, qui peuvent servir à l'acquisition d'une maison par exemple, ne sont pas considérés comme un investissement direct étranger. Avec le concours du ministère du Tourisme, l'OC mène une étude afin d'évaluer avec plus de pertinence l'affectation des recettes comme les aides à la famille, les achats immobiliers, les recettes voyages.

Un Marocain qui est revenu Redouan Mfadel est rentré de France, où il a grandi et fait ses armes (Sciences politiques, puis de l'audit), en 2000. Il se montre très critique sur l'environnement des affaires mais sait qu'il y a des opportunités et des domaines productifs. Il est entrepreneur au groupe Yasmine qui opère dans la promotion immobilière. « Le challenge de l'entreprenariat est aussi un motif de mon retour », explique-t-il. Selon lui, le MRE doit être traité comme tous les investisseurs : il recherche la transparence, la fluidité dans les procédures et espère l’absence de corruption et l'égalité dans le traitement. Or, dit-il, le Maroc est encore une économie de réseau auquel le MRE a rarement accès. Il y a pour lui un monde entre la pratique et la théorie de l'investissement. « Les MRE sont un vivier d'entrepreneurs. Une récente étude en France a montré que près des deux tiers des entrepreneurs de PME sont d'origine immigrée, encouragés en l'occurrence par les difficultés d'emploi ».

Jeudi 22 Février 2007 - 04:28
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