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Monsieur Accordéon, mon amour. Portrait de Saida JawadA mi-chemin entre la pièce de théâtre et le one-woman-show, le spectacle de Saida Jawad est largement autobiographique. Vêtue d’une robe courte vichy, telle une elfe, elle évoque face à son partenaire (Eric Laborie), des bribes de sa vie : de la fillette contrainte par son père à jouer de l’accordéon à la jeune femme décidée à quitter le cocon familial pour vivre sa passion, le théâtre.
« J’ai écrit ce spectacle parce que j’avais envie de raconter l’histoire d’une petite fille de sept ans à qui on met la France dans les bras. » La France, c’est l’accordéon. « Mon père venant du Maroc a cette idée incongrue de décider que c’est l’instrument qui va faire en sorte que je sois acceptée. » Née en France de parents marocains arrivés dans les années 70, elle raconte son histoire familiale. Elle évoque ses origines, son enfance dans le Nord de la France, sa difficulté à imposer ses choix. Avant tout, ce spectacle est une déclaration d’amour émouvante envers ses parents. « Je raconte l’histoire d’une filiation père-mère-fille ». Elle évoque ces parents immigrés « qui ne veulent pas déranger » en restant à l’écart lors d’un meeting socialiste où jouait Saida. Sur scène comme dans la vie, ce petit brin de femme est un mélange de douceur et d’énergie. Avec légèreté et intelligence, elle aborde des thèmes comme l’intégration, le racisme, la difficulté de se libérer du poids des traditions familiales. Elle dit de son spectacle que « c’est un Ovni, une nouvelle façon de parler de l’intégration. » Tantôt sur le mode humoristique, tantôt en adoptant un ton grave, elle tient à passer des messages forts. Animée par le désir de tordre le cou aux poncifs sur l’islam, elle dénonce l’ignorance comme cause des préjugés. « Les gens ne savent pas, ils n’ont pas été éduqués, ils ne connaissent rien à la religion. » Elle fulmine contre les médias responsables de la mauvaise image des Arabes. « On ne montre pas assez de personnes qui font des choses, qui y arrivent ». Le secret de la réussite, c’est la persévérance et la détermination. « Evidement que ce n’est facile, mais ça ne l’est pour personne ! », affirme-t-elle convaincue. Fini le mariage forcé avec Monsieur Accordéon, elle vit à présent une belle histoire d’amour avec l’acteur-réalisateur-producteur Gérard Jugnot, son compagnon et son mentor.
Jeudi 22 Février 2007 - 04:51
Salma Belabes
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