Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte

Mustapha Cherif pose la question de confiance au Pape

Prenant prétexte de sa volonté d’affirmer la liberté de choix religieux découlant de la dignité de la personne humaine, le Pape Benoît XVI vient une nouvelle fois de commettre une maladresse, qui arrive au mauvais moment. Mustapha Cherif qui l’avait rencontré en novembre 2006, lui écrit pour exprimer son inquiétude.



« Je viens d’apprendre avec étonnement Saint Père, Benoît XVI, que vous avait baptisé, de manière spectaculaire, pendant la vigile pascale un musulman converti au christianisme, journaliste italien d’origine égyptienne. Je défends la liberté de conscience, que l’islam respecte, sans aucune ambiguïté, contrairement aux lectures fermées. Mais une nouvelle fois, je suis consterné, par le fait qu’en personne vous baptisez un individu qui depuis des années est connu pour ses attaques virulentes et haineuses contre l’islam, pas seulement contre les dérives des extrémistes. Pour preuve, il poursuit publiquement ses diatribes violentes le lendemain même de sa conversion. Je pensais que l’on devenait chrétien pour apprendre à aimer tous les frères comme Jésus. Je crains une nouvelle affaire qui donnera de l’eau au moulin de tous ceux qui veulent opposer et diviser les hommes de bonne volonté et les peuples et conforte ceux qui prétendent que le dialogue sert à justifier des postures de diversion et de puissances hégémoniques. Pourtant le dialogue est fondé sur le bon sens; pour être à la hauteur de ce que nos sources de vie exigent. Certains partisans du dialogue désespérés vont se demander si cela vaut la peine de continuer à oeuvrer dans le domaine du dialogue islamo-chrétien. Alors que depuis l’audience privée que vous avez eu la générosité de m’accorder, des progrès substantiels ont été enregistrés, comme votre visite réussie en Turquie; votre sage décision de rétablir le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux; et la décision, sans précèdent, commune avec notre groupe des 138 savants musulmans, d’instituer un Forum de concertation, dont la première réunion aura lieu au Vatican en Novembre prochain. Et depuis lundi dernier cette initiative positive du Roi d’Arabie, annoncée à Riad en ma présence et d’autres théologiens, d’organiser au niveau de l’ONU une rencontre mondiale interreligieuse pour unifier nos positions face aux défis communs. A chaque fois qu'on remonte une pente, une nouvelle maladresse vient remettre en cause ce qu'on avait péniblement reconstruit. Notre destin est il celui de Sisyphe? Pourquoi Saint Père, alors que je reste convaincu de vos louables intentions, vous donnez parfois l’impression que nous entrons dans une nouvelle "guerre de religions" où le nombre de convertis servira de comptage des points. Cet egypto-italien a tout à fait le droit de vouloir devenir catholique et l'Eglise se doit d'accueillir cette recherche: mais de la à ce que ce soit le souverain Pontife qui le baptise, en sachant sans doute sa ligne de conduite, il y a la un signe fort inquiétant. Des croyants musulmans et chrétiens, vont penser que c'est une forme de provocation délibérée. Une, ou cent, ou mille conversions ne sauront masquer les problèmes de fond que vit l’Eglise en particulier et d’autres soucis que connaît chaque communauté. En ce qui concerne la musulmane, prés d’un milliard et demie, les mosquées ne désemplissent pas, mais je reconnais ses difficultés et le fait qu’elle n’est pas aujourd’hui à la hauteur de l’Appel qui la fonde. Cependant, se pose la question de confiance : ne concevez vous les relations avec les musulmans qu'en terme au mieux de compétition et au pire en termes d'affrontements ? Ou bien voulez vous vraiment, comme je le crois, non pas favoriser la polémique stérile, la confrontation, la fuite en avant, mais vous placez sur le terrain des échanges, du dialogue franc et respectueux; voire la saine altercation, pour assumer les difficultés, avec discernement, faire reculer les discriminations ; les préjuges et les violences visibles sous des formes flagrantes ou insidieuses au Nord comme au Sud , et partant contribuer à apprendre à tous à relever les défis du vivre ensemble ? La grandeur de votre fonction suppose que vous donniez l'exemple sur la scène historique au sujet de la relation entre les grandes communautés abrahamiques. Sachez Saint Père que rien ne saurait entamer notre détermination à accueillir l’autre sans conditions. Des Musulmans, des juifs, des chrétiens et des humanistes, à mon avis la majorité silencieuse, savent qu’il n y a pas d’autre alternative sage à la coexistence; au commun qui nous précède et nous interpelle. En notre époque qui est marquée par des risques sans précèdent de déshumanisation. En réaction, des dérives sectaires prolifèrent ainsi que la folklorisation de la religion. Aucune communauté ne peut à elle seule rouvrir l’horizon. Rien n’est donné d’avance et la complexité de notre temps est comme insaisissable. Mais si nous savons être ensemble à l’écoute, il reste un avenir. Haute considération, Mustapha Cherif, ancien ministre algérien, penseur, partisan du dialogue interreligieux et des civilisations. »

Vendredi 28 Mars 2008 - 20:33
Lu 591 fois



Trackbacks

Url trackback de cette note (Copier la cible du lien)

Point de vue | Actualité | Economie | Société | Science & technologie | Art et culture | Actualité des religions | Livres | France | Europe | Maroc | Conseil Français du Culte musulman, CFCM | Editorial | Chronique | Dossier | Agenda | Entretien | Moyen-Orient | Dans la presse | Portrait | La Médina Magazine | Islam, la revue de théologie et d'histoire | Amis de la médina | Pour Florence Aubenas et Hussein Hanoun | Médias | Madarik, le mensuel arabophone | Abonnement | Actualités Maroc | Actualités France | International | Le point du jour | Justice | Maghreb | Geopolitique | Eléctions 2007 | Entretien du mois | Société | Passerelles | Diaspora | Environnement | Medias | Economie | Sézame magazine | Agora des Marocains Résidant à l'Etranger | La Medina N° 18 : | Madarik | Sport | Magazines | Articles soumis | Sezame, le mensuel en ligne | Statuts | CFCM 2008 | Regions du Maroc