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Nouvelle saison arabe: le «modèle turc» en question

Le modèle politique turc, mélange de démocratie et d’islam, séduit les puissants qui souhaitent l’appliquer à l’Egypte et à la Tunisie. L’idée est séduisante, mais l’histoire montre bien que l’affaire est plus complexe que cela. D’ailleurs, la volonté même de vouloir appliquer un modèle est une obsession tout occidentale.



Nouvelle saison arabe: le «modèle turc» en question
Le «modèle turc», mélange en mouvement d’institutions démocratiques, d’excès autocratiques et d’un esprit islamique, est le résultat de 90 ans de réformes, de coups d’Etat orchestrés par l’armée et de relations soutenues et souvent houleuses avec l’Europe. Les réformes par lesquelles l’Etat turc a été fondé en 1923 ont été abruptes, l’instauration de l’alphabet latin et du sécularisme s’est faite littéralement du jour au lendemain. Un beau matin Orhan ne pouvait plus lire le journal car ses caractères avaient changé, il risquait de se faire emprisonner s’il portait le fez, symbole de sa religion, et devait se marier selon le Code civil suisse, adopté pour la nouvelle république. Ce que le monde connaît comme l’entreprenante république turque des années 2000 a pris des décennies pour se définir et n’est pas encore au bout de ses peines.

Enthousiasmés par le souffle des révolutions arabes, beaucoup d’experts et de politiciens internationaux, parmi eux des Turcs, se sont empressés de suggérer que des pays comme la Tunisie et l’Egypte puissent adopter «le modèle turc» de démocratie et d’islam, comme si l’on pouvait faire fi d’un demi-siècle de dictatures qui ont profondément marqué ces sociétés en leur appliquant des schémas élaborés dans un climat de relative liberté d’expression, de points et contrepoints démocratiques et de pression occidentale.

Certains analystes ont souligné l’impossibilité de cette transposition au point que, en ce moment, l’idée du modèle turc est devenue une possibilité plutôt qu’un impératif. Reste que la réaction presque automatique des grands de ce monde, parmi lesquels Hillary Clinton et Nicolas Sarkozy, est de recommander le «modèle turc» et de le lier à une rhétorique des réformes et de développement pour le monde arabe.

Cet empressement résonne comme une réponse automatique à une peur viscérale de l’Ouest, qui présume avec une arrogance difficile à ignorer un déterminisme inéluctable selon lequel les sociétés islamiques ont pour seule destination l’extrémisme et l’autocratie.


Lundi 28 Novembre 2011 - 07:41
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