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Talonnée par Bayrou, Royal serre les dents

Ce n'est pas encore officiellement une obsession, mais le phénomène préoccupe au PS: alors que François Bayrou semble se rapprocher dans les sondages, Ségolène Royal et les socialistes misent sur une stratégie à double détente, à savoir marteler le message de la candidate pour démontrer qu'elle porte le ""vrai"" changement et mener parallèlement un travail de sape pour ""dégonfler"" l'""illusion"" incarnée par le candidat UDF, sans l'attaquer trop frontalement pour ne pas le faire progresser.



Dans les derniers sondages, la candidate PS devançait encore son rival UDF de quelque sept points, mais celui-ci a confirmé sa progression dans plusieurs enquêtes, franchissant la barre des 20% lundi selon LH2. Un sondage publié jeudi, à l'échantillon cependant inférieur à 950 personnes, le donne quasiment à jeu égal avec Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Selon l'IFOP mardi, il recueille 75% de bonnes opinions (+8 points en un mois), soit 20 points devant Mme Royal et 17 devant M. Sarkozy. Selon le baromètre TNS-Sofres de mars, sa cote de popularité a bondi de 19 points en un mois à 58%.
La marge d'erreur est de près de trois points.
Au PS, on temporise en imputant ce résultat à la ligne ""antisystème"" du candidat UDF. ""Il y a sans doute une sympathie pour Bayrou le fauteur de trouble, l'imprécateur, le démonteur de l'établissement UMP-PS"", analyse François Hollande, mais ""est-ce qu'il y aura du vote, c'est tout l'enjeu"". ""C'est un phénomène à prendre en compte"", tempère François Rebsamen, codirecteur de la campagne. ""Un électeur sur deux est encore indécis"", observe Ségolène Royal, qui consent que ""peut-être, oui"" il progresse.
Pour autant, les socialistes n'entendent pas laisser au centriste le monopole de la rénovation. ""Le pacte présidentiel que je propose est celui qui entraîne les réformes les plus radicales"", affirme la candidate PS, qui raille le ""changement que certains prétendent incarner"". Les électeurs ""ont besoin que je leur apporte la preuve obstinée, permanente, acharnée que c'est moi qui, non seulement incarne le changement, mais qui le réaliserai"", dit-elle. Quitte à jouer parfois exclusivement de son statut de femme, comme elle l'a fait mercredi soir à Dijon, où elle a invité les Français à ""oser"" ce ""changement radical"".
Autre priorité du PS: démasquer le candidat UDF en le renvoyant à sa famille politique d'origine, la droite. ""On sait qui il est"", c'est ""une illusion de changement"", note Ségolène Royal. A charge pour François Hollande de certifier que personne au PS n'accepterait de gouverner avec lui et qu'il n'aurait ""aucune chance"" de l'emporter au second tour face à Nicolas Sarkozy. Le No1 du PS parie que Jacques Chirac, au moment d'apporter son soutien, ""ne sera pas méchant"" avec le centriste et que des proches de Dominique de Villepin lui feront même ""la courte-échelle"". ""Bayrou, c'est la face humaine de l'UDF"", grince un dirigeant PS.
Prudents, les socialistes se gardent toutefois d'attaquer frontalement François Bayrou pour ne pas alimenter ce qui fait, selon eux, son succès actuel, à savoir sa stratégie ""antisystème"" autour du rejet des deux grands partis UMP et PS. Ce que François Hollande résume par la consigne suivante: il faut faire de la ""révélation"", pas de la ""dramatisation"".
Tout à sa stratégie de minimisation du candidat UDF, le PS assure que le vrai ""troisième homme"" est Jean-Marie Le Pen. Manière de bien rappeler aux électeurs de gauche le traumatisme de l'élimination de Lionel Jospin par le président du FN en 2002 et d'activer un réflexe vote utile. ""Je pense que Le Pen est très sous-évalué dans les sondages"", assure Ségolène Royal. ""Il est à peu près au même niveau, voire supérieur à 2002"", ajoute le Premier secrétaire du PS, qui pronostique que l'UMP va lui ""donner"" les parrainages nécessaires.
Parallèlement, le PS va se démultiplier pour faire connaître les propositions et le projet de société de sa championne, qui n'auraient pas encore suffisamment ""imprégné"" les esprits. Pour ""dégonfler"" le phénomène Bayrou, ""il faut faire une campagne positive"" et ""renforcer l'attractivité"" de Ségolène Royal, analyse le patron du PS. Il faut développer ses idées ""sur des points qui semblent aujourd'hui poser question à des gens qui hésitent"" avec l'UDF, comme l'éducation ou la laïcité, renchérit François Rebsamen, pour qui il faut ""imprimer"" les propositions du ""pacte présidentiel"" dans les têtes ""petit à petit"".
La candidate reconnaît que les six semaines avant le premier tour du 22 avril ne seront pas de trop. ""Il faut absolument que j'explique, que je fasse comprendre aux électeurs -qui commencent à le comprendre- la cohérence des choses, et la vision de la France que je leur propose, les valeurs sur lesquelles je vais m'arc-bouter. Ca n'a pas encore totalement imprégné et c'est ça qui va faire la différence"", juge-t-elle. ""Moi, je ne la trouve pas longue du tout"" la campagne, confie-t-elle. (AP)







Jeudi 8 Mars 2007 - 07:36
Nathalie Schuck
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France : élections présidentielles