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Un cœur de moins en moins à gauche

Les français d'origine maghrébine sont estimés à 3 millions. un potentiel d'électeurs non négligeable pour les présidentielles de 2007.



Les révoltes des banlieues ont tiré la sonnette d'alarme. Nicolas Sarkozy, en les traitant de « racaille », a suscité une prise de conscience chez les jeunes issus de l'immigration, bien décidés à faire valoir leur droit de vote en 2007. « Je voterai évidemment contre Sarkozy. Peut-être pour Dominique de Villepin. Il a beau être de droite, il fait une politique de gauche. Après tout, c'est lui qui a nommé Azouz Begag ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances. » A l'instar de Fayçal, éducateur dans une cité, le vote à gauche des Français d'origine maghrébine ne serait plus acquis. « Ils ne veulent plus voter à gauche », constate sur le terrain Mustapha Ghouila, secrétaire général de l'association nationale des élus de banlieue (ANEB) qui a mis en place des caravanes citoyennes pour encourager les habitants de l'agglomération lyonnaise à voter. Vincent Geisser, chercheur au CNRS, nuance cette idée. Cet électorat garde des sensibilités très marquées à gauche : « Même pour les patrons héritiers de l'immigration, l'histoire migratoire encore fraîche dans les esprits continue à avoir des répercussions ». Pour le politologue, la droitisation des élites n'est qu'un phénomène minoritaire. « Même si l'électorat d'origine maghrébine concentre de nombreuses critiques envers le PS, le vote ne va pas à droite. Soit il s'abstient, soit il vote pour un petit candidat ». Sylvain Brouard et Vincent Tiberj, chercheurs au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences po) tirent des conclusions similaires dans Français comme les autres ? Enquête sur les citoyens d'origine maghrébine, africaine et turque* : 76 % des Français issus de l'immigration ont le cœur à gauche. Mais les chercheurs remarquent un désalignement plus fort de la gauche chez les jeunes, au profit d'une ni droite ni gauche. La sénatrice (Verts) de Paris, Alima Boumediene-Thiery ne croit pas, elle, en ce vote spécifique des Français d'origine maghrébine. « Il est vrai qu'ils ont des sensibilités, des valeurs plutôt de gauche, comme le sentiment de solidarité envers les sans-papiers ou les Palestiniens… Mais ils ne votent pas en fonction de cela. » Plutôt en fonction d'un parti qui serait capable de défendre leurs intérêts. Par exemple en accordant le droit de vote à leurs parents, pierre d'achoppement des politiques depuis vingt ans.

*Presses de Sciences po, décembre 2005.

Jeudi 22 Février 2007 - 04:21
Alima Boumediene-Thiery, sénatrice (Verts) de Paris.
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