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Vers l'économie 2.0 - Du boulon au photon...!La vie de beaucoup d'entreprises est bouleversée. De grandes incertitudes demeurent, mais de nouveaux modèles économiques s'imposent déjà. Le livre de Bruno Jarrosson nous aide agréablement à nous adapter.
Par gros temps, mieux vaut avoir un bon manuel de navigation : voici un livre qui éclaire, avec talent et humour, les bouleversements provoqués par l'irruption du numérique, et qui - chose plus rare -en tire les conséquences pratiques pour les entreprises. Mais l'auteur, consultant en stratégie, reconnaît la fragilité des repères qu'il nous fournit : la révolution ne fait que commencer, et son cours futur est imprévisible, parce que la technologie évolue à toute vitesse. Au début du livre sont rappelées ces « lois » selon lesquelles les performances techniques doublent à des rythmes qui ne se mesurent pas en années, mais en mois : loi de Moore (pour la capacité des microprocesseurs), de Gilder (pour celle des réseaux de télécommunication), de Cooper (pour les fréquences radio), de Kryder (pour les disques durs), sans oublier la loi de Metcalfe sur la « valeur » des réseaux, proportionnelle au carré du nombre de leurs utilisateurs.
L'économie numérique nous déconcerte parce que nous tentons de la comprendre en appliquant les cadres de pensée de l'économie « industrielle ». Nous étions habitués aux rendements décroissants parce que, du fait de la concurrence et de la saturation progressive des marchés, les prix tendent à baisser jusqu'à rejoindre les coûts de production ; mais, dans l'économie de l'information, le coût marginal d'une unité supplémentaire étant quasiment nul, les prix tendent vers zéro et les marchés n'ont comme limites que le temps des utilisateurs ou les contraintes physiques. Nous considérions que le secteur des services était caractérisé par la lenteur, voire l'absence de gains de productivité ; mais la possibilité d'industrialiser et de stocker certains services (dans le domaine du divertissement, du savoir, de l'information…), d'en faciliter la recherche, de les mettre à la disposition de l'utilisateur au moment choisi par lui, est démultipliée par l'Internet. Hier, on misait sur les marchés de masse et la standardisation, qui permet de réaliser des économies d'échelle et de concentrer les efforts publicitaires ; le commerce électronique, au contraire, qui peut présenter un nombre de références très supérieur à celui de la grande distribution et réduire les coûts de stockage, ouvre une multitude de marchés de niche. Cependant, nombre de points demeurent incertains. Les barrières à l'entrée, par exemple, sont-elles plus élevées que dans l'économie industrielle ? C'est le cas de certaines activités, comme les moteurs de recherche, où les coûts fixes sont importants, mais certaines réussites, comme celles des « places de marché » (eBay, PriceMinister…) se sont bâties avec des investissements minimes : elles sont protégées par leur antériorité et le capital de notoriété qu'elles ont acquis. La concurrence entre entreprises, nous dit Jarrosson, fait place à la concurrence entre « business models », parce que l'évolution technologique modifie constamment les règles du jeu : l'ère des start-up fulgurantes est encore loin de sa fin. source : lesechos.fr Jeudi 31 Décembre 2009 - 07:53
GÉRARD MOATTI
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