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Zone sahélo-saharienne: la persistance du conflit du Sahara, un élément aggravant du danger terroriste. (Propos recueillis par Hasna Daoudi)

La persistance de la crise autour de la question du Sahara, entretenue par l'Algérie et le "Polisario", constitue un "élément aggravant du danger terroriste" dans la zone sahélo-saharienne, a affirmé M.Charles Saint Prot, Directeur de l'Observatoire d'études géopolitiques à Paris.



"Dans cette vaste zone mal contrôlée, qu'est l'espace sahélo-saharien, on sait que prospèrent les trafiquants d'armes ou de drogue. C'est un refuge pour les bandits et les terroristes et c'est une véritable aubaine pour les groupes extrémistes comme Al-Qaïda qui cherche un endroit pour s'organiser, un peu comme les zones tribales entre l'Afghanistan et le Pakistan", a souligné M.Saint Prot dans un entretien accordé lundi à la MAP.

"Dès lors, la persistance de la crise autour de la question du Sahara, entretenue par l'Algérie et le Polisario, peut constituer un élément aggravant du danger terroriste", a-t-il dit.

Pour Charles Saint Prot, également Directeur de la revue "Etudes géopolitiques", l'assassinat en Mauritanie de quatre Français, le 24 décembre 2007, par un groupe terroriste lié à la nébuleuse "al Qaïda au Maghreb islamique", le meurtre de plusieurs militaires mauritaniens et les menaces qui ont conduit à l'annulation du rallye Dakar "viennent nous rappeler que l'espace sahélo-saharien est devenu un refuge pour les groupes terroristes liés à al Qaïda et au terrorisme".

"Le danger concerne tous les pays de la région aussi bien l'Algérie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie que le Niger, le Mali ou le Tchad. Il existe une sorte de +zone grise+ sur plusieurs milliers de kilomètres entre le sud du Maghreb et l'Afrique subsaharienne", a-t-il ajouté.

Selon le directeur de l'Observatoire des études stratégiques, "une éventuelle alliance entre le Polisario, ou du moins une partie des activistes du Polisario, et al Qaïda ne peut donc pas être écartée". "Il est donc grand temps de mettre fin à la présence d'un groupement armé et incontrôlé comme le Polisario, un mouvement séparatiste encadré, nourri, subventionné, approvisionné en armes et en munitions et guidé dans l'arène diplomatique par le régime algérien".

"Le meilleur moyen d'assurer la stabilité dans la région est de régler la question du Sahara sur les bases réalistes proposées par le Maroc, lequel bénéficie d'un puissant consensus intérieur et extérieur", a-t-il insisté.

Soulignant la nécessité de "se souvenir des origines ultra-marxistes du Polisario et de ses actions terroristes, comme l'attaque d'un bateau espagnol en 1985", M. Saint Prot a mis en garde contre le risque de voir le Polisario revenir à "son ancienne vocation terroriste".

"Or, a-t-il poursuivi, ce risque a trouvé un début de consistance avec l'arrestation en janvier 2004 d'un certain Ould Mohammed Bakhili et de plusieurs autres agents du Polisario qui avaient volé d'énormes quantités d'explosifs et de matériel susceptible de servir à des attentats", observant qu'"on peut légitiment s'interroger sur les liens qui peuvent s'être tissés entre les activistes les plus extrémistes du Polisario et les terroristes d'al Qaïda".

Se défendant d'émettre une "hypothèse farfelue", M. Saint Prot a indiqué qu'"il faut bien comprendre qu'al Qaïda n'a rien à voir avec l'Islam, ce n'est pas un mouvement musulman mais bien un groupe révolutionnaire" et que "les groupes terroristes dit islamistes n'ont fait que prendre la religion musulmane en otage mais que leur idéologie est essentiellement révolutionnaire, parfois inspirée du marxisme comme c'était le cas d'Ali Shariati, l'idéologue de la révolution iranienne, ou de Sayyid Quotb qui a été le principal maître à penser de gens comme Abdel Salam Faraj, Ayman al Zawahiri ou Ben Laden".

L'expert a, par ailleurs, relevé que dans la question du Sahara, il ne faut pas oublier l'Histoire et les conditions dans lesquelles ce qui devait n'être qu'une formalité, le départ des occupants espagnols et le retour du territoire au Maroc, a été compliqué à l'extrême par l'Espagne et l'Algérie qui étaient d'accord pour empêcher le Maroc de parachever son intégrité territoriale en essayant de créer de toutes pièces un Etat saharien sous tutelle de Madrid et d'Alger.

"Ce plan avait été mis au point lors d'un accord entre Lopez Bravo et Abdelaziz Bouteflika en 1972. Il est bien connu que la résistance contre l'occupation espagnole a été organisée par des mouvements comme le Morehob (fondé en 1969 par Edouard Moha R'guibi) qui s'inscrivait dans lignée du grand patriote maroco-sahraoui Mâ el Ainin et voulait la réunification du territoire saharien avec le Maroc", a-t-il rappelé.

Précisant que le "Polisario, créé en 1973, est vite passé du statut d'un groupuscule révolutionnaire socialo-marxiste à celui d'un groupe placé sous le contrôle des services algériens qui lui ont donné une idéologie séparatiste", Charles Saint Prot a affirmé que "les véritables pères fondateurs du Polisario, tel qu'il a évolué depuis 1974-75, ont pour nom Houari Boumediene, Kasdi Merbah, Noureddine "Yazid" Zerhouni et Abdelaziz Bouteflika, avec le soutien de l'ancienne Union soviétique".

Le projet de partition du Sahara marocain n'est pas seulement une séquelle de la guerre froide "mais aussi l'héritage d'une certaine vision hégémonique de l'ère de Boumediene qui rêvait d'une Algérie jusqu'à la côte Atlantique et d'un Maroc réduit et affaibli", a-t-il ajouté.

"De nos jours, cette vision est anachronique. Il serait temps de procéder au nécessaire +aggiornamento+ pour évoluer positivement sur cette question car l'Algérie d'aujourd'hui a mieux à faire que concentrer son énergie sur la cause perdue d'un pays imaginaire", a réaffirmé cet expert, notant qu'"à l'heure où tout le monde sait qu'il faut construire de grands ensembles de coopération entre les Etats, il serait lamentable de voir se multiplier de micro-Etats artificiels qui renforceraient les facteurs de division dans la région du Maghreb arabe".

M. Charles Saint Prot a ainsi mis l'accent sur la nécessité de cesser d'aborder la question du Sahara selon des "schémas obsolètes et des objectifs idéologiques dépassés". "Le micro-Etat dont rêve le Polisario serait d'ailleurs soit une colonie algérienne soit un foyer permanent de déstabilisation où se retrouveraient tous les agitateurs de la région, soit les deux", a-t-il fait remarquer.

"Au lieu d'une dangereuse balkanisation et de la création de pays artificiels, le développement auquel aspirent légitimement les peuples du Maghreb passe par la mise en place d'un ambitieux projet de coopération entre les pays du Maghreb afin qu'ils pèsent davantage sur la scène régionale et internationale, qu'ils mettent en commun leurs immenses potentialités, leurs proximités humaines et leurs complémentarités, qu'ils assurent ensemble la stabilité de leur région, qu'ils aient des relations plus équilibrées avec les pays du nord de la Méditerranée, qu'ils constituent l'un des piliers solides et prospères de la nation arabe et de la grande communauté musulmane", a-t-il souligné.

Pour M. Saint Prot, le véritable enjeu en matière de développement et de stabilité concerne l'avenir de l'ensemble maghrébin qui a des potentialités extraordinaires et doit être en mesure de s'organiser pour répondre aux nouveaux défis de la mondialisation.

"Dans cette perspective, il est indéniable que deux grands pays comme l'Algérie et le Maroc ont un rôle capital à jouer", a-t-il poursuivi, ajoutant que "c'est pourquoi, il faut régler définitivement un différend qui a fait du mal à tout le monde et n'a eu pour résultat qu'empêcher la nécessaire coopération algéro-marocaine".

Le règlement définitif de ce différend, a-t-il dit, est de "saisir la chance offerte par le Maroc qui a toujours su se comporter comme une puissance responsable et soucieuse des intérêts des peuples de la région".

Rappelant que l'Union du Maghreb arabe a pu voir le jour à l'initiative du Maroc, en 1989, grâce à la réconciliation marquée par la rencontre entre feu SM Hassan II et le président Chadli Benjdid à Oujda, en 1987, "et parce que le président Chadli voulait mettre un terme à l'affaire du Sahara".

"C'est cet état d'esprit positif que les dirigeants algériens devraient retrouver pour redonner souffle à la coopération bilatérale au service d'un nouveau Maghreb et ceci dans l'intérêt de tous les pays du Maghreb, de l'ensemble de la région et de la communauté internationale, en particulier au regard des nouveaux risques de déstabilisation que font courir les groupes terroristes dans l'espace sahélo-saharien", a conclu M. Saint Prot. MAP

Mardi 12 Février 2008 - 18:31
Propos recueillis par Hasna Daoudi
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