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La lutte contre le racisme et les discriminations est un travail de tous les instants. Dans les écoles, dans le monde du travail comme sur la voie publique, la vigilance de chacun est indispensable. C'est ce qu'ont exprimé les représentants des 55 pays membres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, au cours de la conférence de Bruxelles (13 et 14 septembre) consacrée à la lutte contre le racisme, la xénophobie et les discriminations. En tant que chef de la délégation française, j'y ai rappelé les mesures prises par notre pays, sous l'impulsion de Jean-Pierre Raffarin, pour lutter contre ce cancer qui ronge notre société. Adoption de la loi Lellouche, mise en place du Comité interministériel contre le racisme et l'antisémitisme (Cira), adoption d'une loi sur la laïcité permettant à chacun de vivre librement sa différence, création prochaine d'une haute autorité de lutte contre les discriminations : nous ne sommes pas suspects de démobilisation sur ce sujet. Bien au contraire.


Au-delà de l'aspect réglementaire et législatif, l'application même de ces dispositions est vitale. Ainsi la jurisprudence, qui se renforce ces dernières années, réprimant la discrimination à l'emploi, dans l'accès au logement, voire dans l'accès aux lieux de loisirs, est fondamentale pour freiner les dérives constatées chaque jour. Le rôle de vigilance de la société civile à cet égard est irremplaçable. J'ai voulu associer, au sein de la délégation française, des représentants des associations et ONG (Licra, Mrap, Crif, SOS-Racisme, Commission nationale consultative des droits de l'homme), de personnalités qui, comme le journaliste Hakim el-Ghissassi ou Roger Cukierman, consacrent leur énergie à promouvoir la tolérance et lutter contre les discriminations.


Les interventions du prince Hassan de Jordanie et du recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, à Bruxelles, appelant à ce que la lutte contre l'islamophobie ne soit pas oubliée dans la lutte contre les discriminations, ont été particulièrement bien accueillies. Brillants orateurs, ils ont su défendre avec conviction et sans polémique leur engagement pour la tolérance et la bonne entente, entre communautés, entre religions.


Les nombreuses agressions à caractère antisémite de ces derniers mois n'ont pas fait oublier les atteintes portées contre les communautés musulmanes en France et en Europe. Nos compatriotes musulmans subissent au quotidien vexations, agressions. Les profanations de ces dernières semaines contre des cimetières juifs, musulmans et chrétiens, sont autant d'outrages, notamment à la mémoire des morts, que nous ne pouvons tolérer. La coïncidence a voulu que nous célébrions cette année le soixantième anniversaire du Débarquement allié en Normandie, en Provence, la Libération de Paris... Ces actes de bravoure ont été permis grâce à la contribution de ceux-là mêmes, qui, aujourd'hui, sont victimes par-delà la frontière de la mort, de la bêtise humaine qu'ils ont combattue par devoir et par idéal.


Alors, que ces dérives inquiètent par leur nombre et leur gravité, il est important que l'ensemble des pays du continent européen donnent un signe fort contre le fléau qu'est le racisme. Après la conférence de Berlin (avril 2004) sur la lutte contre l'antisémitisme, la conférence spéciale de Paris (juin 2004) contre l'incitation à la haine, au racisme et à l'antisémitisme sur Internet, celle de Bruxelles pour la tolérance et contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, nous devrons tirer les conséquences pratiques de nos échanges, entre membres de l'OSCE, mais aussi avec les pays partenaires (Algérie, Tunisie, Maroc, Egypte, Jordanie, Israël, Corée du Sud, Afghanistan, Thaïlande, Japon). Aucune cause n'aura été délaissée.


Ainsi, la conférence ministérielle de Sofia, qui clôturera en décembre prochain cette année consacrée par l'OSCE à la tolérance et la dimension humaine, permettra la mise en oeuvre des résolutions adoptées au cours de cette année 2004. Je pense tout particulièrement à la généralisation de codes de bonne conduite, à l'instar de celui établi avec les professionnels d'Internet réprimant les sites diffusant les messages de haine, en juin dernier, en marge de la conférence de Paris. Ce nouveau front mérite d'être suivi avec vigilance comme cela a été convenu à Paris. La France qui s'est résolument engagée dans la voie de l'endiguement de ces phénomènes, poursuivra le combat. Il nous appartient de faire partager notre détermination à travers notre exemplarité. Soyons à la hauteur du défi.

* Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères.