sezame La Medina N° 16 : le Maroc le génie d'un peuple, entretien exclusif avec le Roi Mohammed VI
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Une formation solide et une bonne dose d'audace : il n'en faut pas plus pour faire un entrepreneur ambitieux dans le Maroc d'aujourd'hui. Après une formation d'ingénieur Supelec en France, Karim Zaz lance le pari fou de créer WANADOO Maroc. Ou comment on fait le Maroc de demain. Il est 9h30. Un chauffeur vient nous chercher à l’hôtel Mercure au centre de Casablanca. Direction Wanadoo Maroc. Les locaux sont flambant neufs. Là nous attend Karim Zaz, un jeune homme de 37 ans, grand, svelte, les yeux bleus azurs et un sourire qui ne le quitte jamais. Né au Maroc d’un père marocain et d’une mère française, Karim Zaz a fait ses études secondaires à Casablanca, au Lycée Lyautey. Après son bac obtenu en 1982, son père l’envoie à Paris préparer l’école polytechnique. Suit Supelec où il décroche un diplôme d’ingénieur réseaux en 1990, qui lui permet d’intégrer le ministère de l’intérieur à Paris. Là, pendant quatre ans, il apprend le fonctionnement d’une administration publique sans pour autant oublier le Maroc puisqu’à deux reprises, il est envoyé en mission pour former des Marocains aux télécommunications dans le cadre de la coopération Franco-marocaine.
Ces missions au Maroc lui ont fait prendre conscience combien son pays d’origine avait besoin de gens formés capables de relever le niveau dans un pays où près de 50 % de la population est encore analphabète et où le besoin en formation est immense. "La priorité numéro un du Maroc, c’est l’éducation". Dès 1993, Karim Zaz rencontre le ministre des Travaux publics qui lui propose de rejoindre l’OFPPT (Office de la formation professionnelle des postes et télécommunications).
Karim Zaz ne tarde pas à prendre sa décision. La présence de Mounir Chraïbi, alors directeur général de l’OFPPT, n’y est pas étranger. Formé à l’école polytechnique, il est de la même génération, partage le même souci du service public, et surtout ils veulent ensemble changer les mentalités d’un Maroc marqué par le clientélisme, l’incompétence et les habitudes makhzéniennes.
Quand Karim Zaz arrive à Casablanca, Chraïbi lui confie la responsabilité des systèmes d’informations. A sa charge, la gestion de 190 établissements de formation à travers tout le pays. Son axe majeur est la formation continue à travers le développement des compétences dans l’entreprise. Cette expérience lui permet d’être en contact avec le Maroc réel, loin des cocktails de Casablanca.
En 1997, Morad Cherif, alors ministre de la formation professionnelle au Maroc lance un vaste programme d’insertion de 16000 jeunes diplômés et chômeurs. L’objectif était d’insérer ces jeunes dans le secteur privé, alors en plein boom. C’est à Karim Zaz qu’on pense pour mener ce projet à bien. Toute la presse en parle. Les journaux, la télévision, les radios se l’arrachent. Sa présence, son éloquence, sa sincérité crevaient l’écran. Mais très vite, le gouvernement socialiste s’enlise. Les batailles de chefs empêchent une action concertée du gouvernement. Alors Karim scrute le nouveau visage du Maroc. La libéralisation du secteur des télécommunications lui donne de nouvelles idées.
Fort de ses contacts avec la France, et notamment avec France Telecom où il a été un moment consultant, Karim soumet un projet fou : créer à partir de rien une filiale "Wanadoo Maroc". France Télécom, échaudée par la victoire de son concurrent espagnol Meditel dans l’attribution de la licence GSM voit là une opportunité d’investir au Maroc. Les choses se précipitent alors. En janvier 1999, Karim déjeune avec le patron de Wanadoo, Marc Dufour, et réussit en quelques heures à lui vendre le Maroc. Car c’est de cela qu'il s’agit. Le pays connait alors un très faible nombre d’abonnés Internet et quelques dizaines de cybercafés. Neuf mois plus-tard, Wanadoo Maroc est née avec 200 millions de francs d’investissements à la clé.
Le défi est énorme : intégrer le Maroc mythique du "tout agricole" dans la toile mondiale du Net. Entouré de près de 80 collaborateurs, Karim Zaz réussit en à peine trois ans à convaincre 15000 abonnés marocains. Fidèle à son esprit de rigueur, il ne sous-estime pas les difficultés. Faible équipement des ménages en matériel informatique, cherté des communications téléphoniques (2 euros/heure), difficultés pour les plus de 50 ans à se familiariser avec le PC, problème de maîtrise du contenu pour les informations… De plus, Wanadoo affronte deux concurrents de taille : les quelques 850 cybercafés que comptent le pays et les entreprises, dont les employés se désabonnent de leur connexion personnelle pour profiter de la rapidité du débit Internet au travail. Un chiffre, en outre, peut être de mauvais augure : les grossistes en informatique ont vu leur chiffre d'affaires fondre de 50% en 2002.
Zaz reste zen, malgré tout. Comme tout le monde, il continue à faire son travail. D’ici à la fin de l’année, il compte embaucher vingt autres personnes. En attendant que les ménages marocains fassent de l’Internet une priorité, Karim Zaz veut développer l’offre de services. La campagne actuelle porte sur la sécurisation de l’Internet pour les enfants.