sezame La Medina N° 16 : le Maroc le génie d'un peuple, entretien exclusif avec le Roi Mohammed VI
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Il a quitté le Maroc en 1981, il y retourne définitivement en 2001, vingt ans durant lesquels se sont opérées des métamorphoses dans tous les domaines. Déterminé à mettre à profit son potentiel acquis en France pour accompagner son pays dans le changement, il occupe aujourd’hui le poste de secrétaire général de la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale). Ce jeune homme discret est né à Casablanca en 1961 d'une famille modeste, orphelin, Majid Tazlaoui a été livré à lui-même dès l'âge de 15 ans. En 1981, à la suite des grandes manifestations de Casablanca et dans les incertitudes du moment, il part pour un tour d'Europe et décide de s'installer en France, où il poursuit des études d'informatique à Paris. Il démarre son activité professionnelle en 1984, juste après l’obtention de sa licence, en rejoignant une petite institution de prévoyance et d’assurance vie. Cinq ans plus tard, il est chargé de la création d’un centre informatique pour la gestion administrative et financière d’un GIE (groupement d’intérêt économique) qui gère une dizaine de caisses de retraite et de prévoyance, et qui représentait le cinquième groupe français en matière de protection sociale. Son implication professionnelle lui a donné le goût de la formation, ce qui l’amène à fréquenter deux grandes écoles Française, l’ESSEC puis l’IEP (Institut d’Etudes Politique de Paris).
Son parcours a été ponctué de difficultés, le monde du tertiaire n’est pas favorable aux maghrébins qui sont destinés principalement à l’industrie. Sa réussite est due à sa lucidité : "dans l’esprit de la société française, le Marocain est adaptable et dispose d’une capacité de composer avec le contexte et les difficultés du moment".
Sa grande fierté, c’est le fait d’être coopté dès l’age de 31 ans comme Président du Club des utilisateurs IBM en France, qui représente plus de 200 grandes entreprises françaises. Cela s’est fait après qu’il a mené à bien une expérience mondiale dans le domaine des technologies de l’information et de communication, expérience d'ailleurs relatée dans la presse américaine dès 1995. Son retour au Maroc est motivé par son amour sans mesure de ce pays, "Je suis quelqu'un qui aime le Maroc et je pense qu’au lieu de donner au pays de l’argent, il faudrait former ses cadres et les accompagner dans leur retour au pays d’origine".
"Depuis 1984, poursuit-il, mon schéma était de passer la moitié de ma carrière en France et l’autre au Maroc, notre pays a besoin de cadres ayant acquis une expérience professionnelle à l’étranger. Ils reviennent avec une culture de travail et de rigueur que, malheureusement, le système éducatif et les entreprises marocaines n’ont pas su transmettre. Depuis 1999, j’ai senti un souffle nouveau au Maroc, mon désir est de l’accompagner avec la dynamique du jeune Roi, c’est pourquoi notre pays a besoin de toutes ses compétences et ses cadres de l’étranger".

Culture du CV
"J’ai acquis une expérience de 14 ans dans les régimes sociaux français et plus particulièrement dans la reforme et la modernisation des grandes structures. Au Maroc, une nouvelle Direction Générale a été nommée à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) en avril 2001, elle a décidé de recruter un numéro deux capable de l’accompagner dans un projet de réforme. Ma désignation a été faite suite à l’envoi d’un CV, ce qui me donne aujourd’hui la liberté d’exercer mon métier avec rigueur. Cette démarche met en exergue les changements en cours, désormais nous sommes dans la culture du CV et de la compétence". Quand on lui parle de son intégration au Maroc, il regrette l‘absence d’une culture de gestion rationaliste, le manque de structure d’accompagnement qui facilite l’installation et la réadaptation à l’environnement marocain. En revanche, il exprime une vive reconnaissance à l’égard de son patron qui su l’accompagner sur les spécificités socioculturelles de l’entreprise marocaine et sur les attitudes à adopter selon les circonstances.
Sur le plan personnel, cela n'a pas été facile pour deux raisons essentielles : "la première tient à l’éloignement de ma famille que j’avais laissée en France, le temps de me loger et de me stabiliser au Maroc, une pointe au cœur pour mes deux enfants, Anas et Sabrina, et un vide que je ne pouvais combler facilement pendant les 9 premiers mois que j’avais vécus en nomade célibataire au Maroc. La seconde raison tient à la lenteur administrative et à l’indifférence totale quant à mon intégration administrative : j’ai dû attendre quatre mois pour que mon contrat soit signé par le ministère des finances. Et je ne vous cache pas non plus que j’appréhende les difficultés administratives et douanières pour mon déménagement prévu le 15 juillet prochain."
La CNSS est mise sous les feux de l’actualité après la publication d'un rapport de la commission d’enquête parlementaire sur son passé. Majid Tazlaoui, n’étant nullement concerné, veut regarder devant lui en laissant le passé marécageux derrière, à ceux qui s’y sont noyés : " je ne suis pas le genre à regarder l’avenir dans un rétroviseur. La reforme de la CNSS est en marche depuis 2001, elle s’inscrit dans le cadre d’un processus irréversible et avec une détermination pour la faire aboutir ". Pour lui, le challenge à accomplir reste d'une part l'assainissement de l'institution qui a fait d'ailleurs l'objet dans le discours du Trône en juillet 2002.Ce dernier prendra au moins cinq à six ans après trente ans de débordement, d'autre part l’élargissement de la couverture sociale au maximum de citoyens actifs. Il était stupéfait quand il a découvert que seuls 1200000 marocains en bénéficiaient, un chiffre insignifiant eu égard la population du Maroc. L’autre objectif est celui de mettre en place de nouvelles prestations sociales (l’assurance maladie, l’indemnité en cas de perte d’emploi, la couverture pour les accidents de travail, etc.).
Enfin, l’urgent est de transformer l’économie informelle avec ses dérives du non respect du salarié à une économie rationnelle, tant dans sa gestion que dans les principes d’équité qui doivent en constituer les fondements, ce qui de facto, contribuera à sécuriser le salarié et permettre à l’ensemble des Marocains de mener une situation digne et confortable. "L’enjeu pour le Maroc est de se préparer pour l’échéance de 2010, date de la fin des barrières douanières. Pour bâtir une économie solide et durable, il faut développer une véritable dimension sociale au Maroc", conclut Majid Tazlaoui.