sezame La Medina N° 16 : le Maroc le génie d'un peuple, entretien exclusif avec le Roi Mohammed VI
Imprimer
Né à Tanger, SADIK OURIAGHLI est arrivé, à force de travail acharné, à fonder trois sociétés dans le nettoyage, la représentation et l'intérim. Récit du parcours bruxellois d'un homme qui a dû lutter pour se forger un horizon en Europe... sans oublier sa communauté. Originaire de Tanger, Sadik Ouriaghli est venu à Bruxelles à l’âge de quatorze ans, il poursuit ses études deux ans après le baccalauréat. Il commence sa carrière dans une société de nettoyage. Très tôt, "j’ai vu l’injustice vis-à-vis des Marocains, j’ai travaillé treize ans sans aucun espoir de promotion" bien qu’il y travaillait comme si c’était sa propre affaire. "On se donnait à fond, parfois jusqu’à des quatorze heures par jour avec à peine un remerciement". En 1986, avec l’aide de Martine, son épouse, ils commencent "avec un petit magasin et une machine d’occasion, c’était la première société jusqu’en 1997 où j’ai ouvert Activa". Les débuts étaient durs, comme "on ne prête qu’aux riches", ils ont du commencer très modestement.

Solidarité interculturelle
Aujourd’hui, Sadik est à la tête de plusieurs sociétés dont Activa Services Company, dotée d'un capital de 32500 euros. Le personnel de bureau est mixte ; en tant qu’administrateur délégué il s’est adjoint deux associés belges "de souche", Karel et Emile. Son désir de parité va bien plus loin car son souhait a toujours été d’avoir une équipe dont "la moitié du contingent serait belge et l’autre moitié marocain". Une deuxième société anonyme sera créée en 1998, Activa Intérim. Enfin, Alter Ego International verra le jour en 1999.
Le secteur de l’intérim est difficile, "pour l’instant toutes les sociétés d’intérim ont des problèmes, 2001 était une année exceptionnelle", précise Sadik. Animée par un esprit de solidarité, Angélique a placé 500 intérimaires, la plupart étaient des étudiants marocains en période de vacances scolaires. Ceux-ci étaient souvent victimes de discriminations à l’embauche qui, aujourd’hui, sont mieux connues et établies par des preuves matérielles concrètes. Sadik essaye à son niveau de lutter contre ce fléau "en donnant du travail aux étrangers, surtout aux jeunes". "Quand ils arrivent ici, c’est qu’ils ont eu des difficultés ailleurs, 90 % d’entre eux ne sont pas qualifiés, ceux qui le sont se retrouvent ensuite avec des contrats pour travaux de bureau, comme employés ou informaticiens".
Comme "il y a beaucoup de Marocains qui ont réussi leur scolarité", estime-t-il, "il faut leur donner leur chance" afin qu’ils puissent s’insérer dignement dans le tissu socio-économique ambiant.
Quant à la société de nettoyage Activa, qui emploie 500 personnes, sa comptabilité fait apparaître des chiffres d’affaires en croissance exponentielle. Nettoyer, dégraisser, polir… constitue le quotidien des ouvriers d’Activa que dirige Sadik. Le tout est soigneusement contrôlé par les inspecteurs et responsables qualité que sont Bouchta, Faouzia, Saïd, Hossein, Eddy, Luc… Basée à Bruxelles, Activa est présente sur l’ensemble des surfaces Carrefour de Belgique, elle fait l’entretient des 127 magasins GB Super et de 57 Maxi. Elle se charge aussi du Parlement bruxellois, de l’école européenne de Wolluwé et plusieurs grandes chaînes d’hôtel.

Investir au Maroc ?
Allant fréquemment au Maroc pour prendre la température de l’économie, Sadik a fait son constat et tiré ses conclusions. Il est difficile d’investir au Maroc mais les obstacles ne sont toujours, comme on le croit souvent, en haut lieu : "avant d’arriver au niveau du ministère, il y a les petits employés et les bureaux d’accueil, et c’est là que ça coince". Mais "ce n’est peut-être pas leur faute, ils ne sont pas souvent formés", précise Sadik. "L’accueil doit être amélioré, comme pour les touristes il faut éviter les longues files d’attentes". Ici, dit-il, "les gens sont dans des réseaux structurés. Là-bas, il faut maintenat que les règlements soient clairement appliqués".
Le Maroc, où beaucoup reste à faire, doit saisir sa chance, "nous avons la chance d’avoir un Roi jeune, dynamique et qui bosse", affirme-t-il avec conviction. Mordu du travail, il interpelle les Marocains, "chacun de nous doit faire un effort pour réussir, il faut se réveiller et bosser, il faut que tout le monde retrousse ses manches, et surtout il faut arrêter de chercher la faute à qui, à quoi…? ", Bref, il faut aller de l’avant.