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Mise au point de la grande Mosquée d'Evry à propos des élections du CFCM

Le 21 Avril 2008, la mosquée de Paris a mis en ligne un texte intitulé « La grande mosquée de paris ne participera pas aux prochaines élections du cfcm ». Le message est clair, le choix de nos frères Algériens est respectable quoique regrettable par ses conséquences sur l’Islam de France.



Mise au point de la grande Mosquée d'Evry à propos des élections du CFCM
Ce qui est dommageable, c’est le manque de courtoisie de ce texte dont les auteurs et les dirigeants ont manqué aux règles les plus élémentaires de la politesse, de la fraternité et du respect vis-à-vis de leurs partenaires dans la gestion de l’Islam de France.

Nous estimons que cette communication insultante à plusieurs titres, est une mise en cause publique, qui appelle une réponse publique de notre part. Nous allons donc y répondre point par point.

Ce communiqué nous apprend que le bureau exécutif de la fédération nationale de la grande mosquée de paris (fngmp) s’est réuni le 11 avril 2008, pour décider de sa participation aux prochaines élections du CFCM du 8 juin prochain.

L’information en soit n’a rien d’étonnant, elle est respectable, ses motivations le sont moins. On nous apprend que le mode de scrutin est discriminatoire, que la mosquée de paris et ses sympathisants sont lésés. Ladite instance a bien accepté ledit scrutin pendant deux mandats, pour quoi le remet-elle en cause maintenant ? Connaissant leur intégrité et la haute idée qu’ils ont de la démocratie, personne ne comprend pourquoi, ils ont attendu la veille du troisième scrutin pour se découvrir une fibre démocratique. Les musulmans en France sont plus en droit de dénoncer les résultats non démocratiques d’un scrutin démocratique. Ils ne comprennent pas pourquoi des gens qui n’ont pas emporté leur confiance et leur adhésion se sont trouvés quand même à la présidence du CFCM.

Le lundi 5 février 2007, dans l’émission «J’ai une question à vous poser», diffusée en direct, tous les téléspectateurs se souviennent de Mlle Hayat Adjadj, une française musulmane d’origine algérienne qui a interpellé Monsieur Nicolas SARKOZY, alors ministre de l’intérieur, par ces mots fort : «Excusez moi sur le Culte musulman, excusez moi déjà rien que là, vous avez traité, pour moi, les musulmans déjà d’une façon différente par ce qu’en fait les marocains sont majoritaires dans le culte musulman et vous avez mis un algérien, je suis algérienne, c’est pas le problème. Et vous avez mis un algérien à tête du culte musulman ; déjà je trouve que ce n’est pas normal, nous, pourquoi on n’a pas droit aussi à une démocratie dans notre propre culte musulman ? ». Bien que la réponse de Monsieur Nicolas SARKOZY fut diplomatique mais source d’inspiration pour tous ceux qui sont en quête de vérité, cela n’a pas manqué pour elle d’enchainer pour des paroles claires : « Et moi je suis entrain de vous dire qu’il y a une majorité quand même et qu’on a mis à la tête du culte musulman une personne qui faisait pas partie de la majorité ».

Ce n’est pas le mode de scrutin qui n’est pas démocratique, mais plutôt la logique dans l’application de ses résultats et ce, pendant deux mandats. Les Français d’origine Marocains qui ont emporté ces élections deux fois, auraient pu crier au scandale, brandir la menace de ne pas reconnaître ou de ne pas participer au CFCM. Mais ils ne l’ont pas fait, simplement par souci de préserver l’union des musulmans en France, de ne pas être la cause de l’éclatement de la communauté en la privant d’une institution sensée être représentative. Les millions de sympathisants musulmans en France le leur reprochent encore. Rappelant qu’ayant perdu ces élections, la (fngmp) avait menacé de démissionner. Face à l’incompétence dont elle a fait preuve à la tête de cette institution et puisque le chantage à la démission était payant par le passé pourquoi s’en priver maintenant. Une stratégie comme une autre, chassez le naturel et il revient au galop.

Quant aux sympathisants de la mosquée de paris qui se sentent lésés dans la gestion du culte musulman en France, nous nous permettons respectueusement de leur rappeler que c’est la mosquée de paris dont ils sont sympathisants qui présidait le CFCM et qui gérait le culte musulman en France. Ils se sont trompés de responsable, nous partageons leur déception et comme eux, nous regrettons le temps perdu.

Par ailleurs, le RMF, soit disant, imposé au CFCM, est la cause du bilan très négatif de l’honorable institution, est une équation à somme nulle. En effet, soit le RMF a le droit d’être au CFCM, soit il ne l’a pas, auquel cas les dirigeants du CFCM, avec la rigueur qui est la leur et le sens de la légalité qu’on leur connaît auraient dû l’en empêcher, faute de quoi le CFCM se verra imposé reporters sans frontières ou les témoins de jéovah.

Pour ce qui est de l’ingérence du Maroc dans le CFCM et l’aide financière qu’il accorde au RMF, n’oublions pas que nous parlons de l’Islam de France, un islam que la France veut tricolore indépendant des influences extérieures. Le Maroc l’a bien compris et apporte son aide à la France, dans les limites de ses moyens et le respect de sa souveraineté, pour un Islam dépolitisé, modéré et permettant une coexistence entre les religions du livre dans ce grand pays où il est la deuxième religion. La loi de 1905 et le principe de laïcité qui caractérise la France privent l’Islam, comme les autres religions des subventions de l’Etat. Il est très louable de la part des pays musulmans du monde entier d’apporter leurs aides matérielles et spirituelles aux musulmans de France qui n’ont les moyens ni des chrétiens ni des juifs. Si le Maroc aide financièrement l’Islam de France, il est loin de rivaliser avec l’Algérie en la matière. Et ce n’est pas la modeste aide que le Maroc apporte à l’islam de France qui lui permettra de s’y ingérer. Sa déontologie et son respect de la France l’en empêchent. En outre, contrairement à d’autres pays le Maroc ne paye pas des polémistes professionnels et autres lobbyistes. Si le Maroc voulait s’ingérer dans l’islam de France, il l’aurait fait à l’issue des anciennes élections du CFCM, poussant les Marocains à assumer une présidence qui leur a été donnée démocratiquement par les musulmans de France.

On reproche au RMF d’avoir participé à un colloque à Marrakech. Il s’agit là d’une vérité. En effet au Maroc, l’essor culturel et les efforts intellectuels s’expriment par l’organisation de colloques, conférences et séminaires nationaux et internationaux avec l’objectif affiché d’aller de l’avant. C’est une chance pour nos ressortissants d’y participer, les autres pays musulmans devraient s’en inspirer. Cela vaut mieux pour, eux pour la France, pour le Maroc et les autres pays musulmans, plutôt que de les voir embrigadés par des extrémistes et muer en terroristes qui font souffrir leurs propres pays d’origines et leurs pays d’accueil jetant l’opprobre sur les musulmans du monde entier et les exposant au racisme généré par une islamophobie justifiée. Bientôt on reprochera au Maroc le nombre de ses universités et son TGV.

On reproche aux participants au colloque de Marrakech d’avoir loué Sa Majesté le Roi Mohamed VI – Dieu l’assiste –, à la clôture de ses travaux. Là on ne voit pas le rapport avec le CFCM si ce n’est pour critiquer ce qui leur fait défaut. Au Maroc, civilisation millénaire construite par l’unité sacrée autour du Roi, la personne de sa Majesté est sacrée, les Marocains fières d’être ses sujets ne manquent aucune occasion pour lui rendre hommage et prier pour lui. Grace à la monarchie et au Commandeur des croyants qui guide son pays avec un équilibre reconnu, entre modernité, ouverture et religion, le Maroc a toujours connu une paix sociale et une stabilité politique. À n’en pas douter, la stabilité du Maroc est enviable et le Roi est son artisan. Pour information, au Maroc il n’y a pas que les colloques qui rendent hommage à Sa Majesté, les prêches du vendredi aussi se terminent par des prières pour lui.
En outre, monsieur abdallah zekri dans sa lettre aux membres du bureau du CFCM et du COMELEN, confirme qu’il ne peut cautionner « la fraude pratiquée ….en surévaluant les surfaces des lieux de culte qui leurs sont favorables sous prétexte de prendre en compte le nombre de délégués existants en 2005 ». Nous rappelons à monsieur zekri que la France est un pays de droit et que s’il a des doutes sur les surfaces de certaines mosquées, il n’a qu’à demander l’expertise d’un huissier dans le respect des normes de politesse et le problème sera réglé. D’ailleurs, à la Rochelle, monsieur Kader Bouazza, président de la fédération régionale du grand ouest liée à la mosquée de paris s’est présenté avec à la mosquée « clos du Morgat » avec un huissier pour vérifier sa surface et ce sans prévenir ni les responsables de la mosquée, ni le CRCM, ni le COROLEC.

Ensuite il s’indigne des manières mafieuses et donne l’exemple de la mosquée où le coran a été remplacé par le revolver. Nous lui confirmons que cet acte mafieux et regrettable, a en effet eu lieu. Nous nous joignons à lui pour le condamner et appeler à ce qu’il ne se reproduise plus. Nous lui rappelons aussi que cet acte barbare n'est pas le fait d'un Marocain. Les accusations de cette lettre visant clairement les Marocains, le frère zekri donne l’information, du revolver brandi dans une mosquée, sans préciser qui en est l’auteur. Il va de soit que les lecteurs qui n’ont pas écouté l’information à la radio penseront aux Marocains, puisque le réquisitoire est contre eux. On ne site personne et on laisse le lecteur, non averti, se faire une opinion vers laquelle on l’a finement orienté. On l’a juste un peu aidé sans qu’il ne le sache. Les lecteurs jugeront qui utilise des procédés mafieux. Si mafia de l’Islam de France il y a, elle est plutôt du côté de ceux qui le gèrent, et qui usent de tous les stratagèmes pour en garder le pouvoir.

Enfin, il se soucie de ses frères Marocains dont il est « persuadé qu’ils ne tarderont pas à régler leurs comptes pour « le pouvoir ». Si tel est le cas cela prouve que les Marocains de France agissent chacun selon ses convictions et que rien ne leur a été dicté où imposé par le Maroc, contredisant le texte mis en ligne et qui le prétend. Si tel était le cas, les Marocains ne se livreraient pas à des règlements de compte fratricides. Nous tenons à rassurer notre frère que les Marocains ne s’entretueront pas, ni ici ni au bled ni ailleurs. La divergence des points de vue et la contradiction des idées sont un gage de liberté d’expression, elles prouvent que le Maroc ne s’ingère pas dans des affaires franco-françaises, elles ont le mérite d’instaurer le débat et faire avancer les causes. Et comme nos frères Algériens ne règlent pas leurs comptes entre eux pour « le pouvoir », cela pose le problème de la pensée unique et la question du degré d’ingérence du pouvoir dans la gestion du culte musulman en France.

Pour conclure, certaines évidences s’imposent :
- Nos frères qui dirigent le CFCM, n’ont jamais gagné sa présidence par la voie des urnes. Par compromis et par souci de l’intérêt de la communauté musulmane, ceux qui les avaient réellement gagnées ont cédé leur place ;

- Les musulmans de France ont réalisé que le CFCM n’a pas rempli la mission dont il avait la charge. Deux mandats ont été gâchés. Les problèmes initiaux se sont empirés. La gestion du culte musulman en France est autrement plus compliquée que des apparitions avec un burnous devant les caméras de télévisions, à chaque fois qu’il y a un acte islamophobe, pour des condamnations d’usage. Les problèmes ne manquent pas, la formation des imams, le problème du Pélirinage à la Mècque, du halal et de sa traçabilité, des cimetières musulmans, le lien avec la base etc.

- Les musulmans ne comprennent pas pourquoi toutes les religions de France ont une radio et une télévision sauf l’islam, pourtant deuxième religion du pays. Les musulmans en France se contentent d’écouter, faute de mieux, des radios diffusant du ray, des émissions de voyantes et autres publicités de boucheries à longueur de journée et de regarder une émission de télévision une demi-heure, le dimanche matin, grâce à la France.

- Nos frères savent qu’une fois encore, ils vont perdre ces élections. Ils choisissent la fuite en avant avec le même chantage espérant qu’une fois encore les musulmans de France leur céderont ce qu’ils n’ont pas gagné démocratiquement.

- La situation est claire, le scrutin est démocratique, si des doutes l’entachent, ils peuvent être levés par la loi. On est en France connue par sa séparation des pouvoirs.

- Mais devant une cause perdue d’avance, il est clair que la meilleure stratégie est de brouiller les cartes, compliquer le jeu, détourner le vrai débat par des polémiques stériles et inutiles menées par des polémistes professionnels, tant il est vrai que si la compétence gagne dans la simplicité, la médiocrité gagne dans la complexité.

- La FNGMP veut démissionner du CFCM, et se retirer c’est son choix. Nous le respectons même si nous le regrettons. C’est sa responsabilité qui sera engagée devant la communauté musulmane de France. Elle assumera avec brio comme d’habitude les conséquences d’un tel acte qui prive les musulmans de France d’une institution représentative.

- Pour notre part nous assumerons les responsabilités qui sont les nôtres et nous invitons la FNGMP à une union et à une entente qui permettront à l’Islam de France d’avoir la place qui doit être la sienne. Les querelles fratricides ne nous mèneront à rien, les plus grands perdants seront les musulmans de France. Pour détourner l’expression d’un philosophe célèbre nous lançons un appel : « Musulmans de la France entière unissez vous ».

Cette mise au point non exhaustive étant faite, prions Dieu d’unir nos rangs pour le bien des musulmans.

Fait à Evry, le 2 mai 2008

Khalil MERROUN
Recteur de la mosquée d’Evry-Courcouronnes
Membre du BE du CFCM

Dimanche 04 Mai 2008

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